Ebola en RDC : plus de 70 soignants contaminés depuis le début de l’épidémie


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Soignant Ebola en RDC
Soignant Ebola en RDC

Plus de 70 membres du personnel de santé ont été contaminés par Ebola depuis le début de l’épidémie qui frappe l’est de la République démocratique du Congo. Dix-sept d’entre eux sont morts, selon l’Organisation mondiale de la santé. Un bilan qui souligne la vulnérabilité des hôpitaux de première ligne, dans une flambée compliquée par l’insécurité, les déplacements de population et l’absence de vaccin homologué contre la souche Bundibugyo.

L’épidémie d’Ebola en cours en République démocratique du Congo frappe d’abord ceux qui tentent de l’arrêter.  C’est le constat dramatique fait ce vendredi 19 juin par l’Organisation mondiale de la santé qui a indiqué que 75 membres du personnel médical avaient été infectés depuis le début de la flambée, et que 17 d’entre eux étaient morts.

Ce bilan donne une mesure du risque pris par les soignants dans les zones touchées, en particulier en Ituri, épicentre de cette nouvelle crise sanitaire. Déclarée officiellement le 15 mai par les autorités congolaises, l’épidémie est causée par le virus Bundibugyo, une forme rare d’Ebola contre laquelle il n’existe pas encore de vaccin homologué ni de traitement spécifique validé.

La RDC connaît ainsi sa dix-septième épidémie d’Ebola depuis 1976. Mais celle-ci survient dans une région déjà fragilisée par les conflits armés, les déplacements de population et la faiblesse des infrastructures de santé.

Des soignants exposés avant même l’alerte

Plusieurs soignants auraient été exposés avant même que la présence du virus ne soit officiellement confirmée. Selon l’OMS, Ebola aurait circulé pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant la déclaration de l’épidémie. Dans ces conditions, des médecins, infirmiers, aides-soignants ou agents hospitaliers ont pu prendre en charge des patients sans disposer des équipements ni des procédures adaptées à une maladie hautement contagieuse.

Le virus se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée, vivante ou décédée, ou par l’intermédiaire de surfaces contaminées. En milieu hospitalier, le danger augmente rapidement lorsque les mesures de prévention ne sont pas strictement appliquées, notamment l’utilisation de gants, masques, blouses, désinfection, isolement des cas suspects, contrôle des circuits de patients.

Cette exposition n’est pas nouvelle. Comme Afrik.com l’avait déjà rappelé dans un précédent article consacré à Ebola, une maladie à haut risque pour le personnel soignant, les personnels médicaux figurent parmi les premières victimes lorsque les flambées sont détectées tardivement ou que les structures de soins manquent de moyens.

Or les hôpitaux et centres de santé de l’est congolais manquent souvent de tout. Les besoins en équipements de protection, en tests, en personnel formé et en capacités d’isolement demeurent importants. Pour les équipes médicales, chaque retard de diagnostic ou chaque rupture de matériel peut devenir un facteur de contamination.

Une flambée qui continue de s’étendre

Le dernier bilan publié par les autorités sanitaires congolaises, arrêté au 15 juin, faisait état de 837 cas confirmés et de 196 décès. L’Ituri concentre l’essentiel des contaminations, notamment autour de Bunia, Mongbwalu et Rwampara, mais des cas ont également été recensés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.

La progression géographique de l’épidémie inquiète d’autant plus que les zones concernées sont marquées par une forte mobilité des populations raison des déplacements liés aux violences, aux activités minières, aux échanges commerciaux ou aux mouvements transfrontaliers. L’Ouganda voisin a lui aussi enregistré des cas liés à la transmission partie de RDC.

Pour contenir Ebola, la riposte repose sur l’identification rapide des cas suspects, leur isolement et le fait de tester les personnes exposées et leurs contacts pendant 21 jours. Enfin, il convient d’organiser des enterrements sécurisés lorsque des décès surviennent. Mais cette mécanique se grippe dès que l’accès aux villages est entravé, que les familles refusent la prise en charge ou que les rumeurs alimentent la méfiance.

À Bunia, les survivants contre la peur

À la crise sanitaire s’ajoute une crise de confiance. Dans certaines zones, des habitants redoutent les centres de traitement, contestent les consignes sanitaires ou s’opposent aux protocoles autour des dépouilles. Cette défiance n’est pas nouvelle dans l’est de la RDC, déjà confronté à de précédentes flambées d’Ebola, mais elle pèse lourdement sur la riposte actuelle.

C’est dans ce contexte que les soignants guéris jouent un rôle précieux. À Bunia, plusieurs infirmiers contaminés lors de la prise en charge de patients ont été déclarés guéris. Comme le racontait Afrik.com dans un reportage sur les soignants guéris qui défient la peur et les rumeurs, leur retour auprès des communautés permet de rappeler qu’Ebola n’est pas nécessairement une condamnation lorsque la prise en charge intervient rapidement.

Leur témoignage contribue à réduire la peur qui entoure la maladie et à convaincre les familles de signaler plus tôt les symptômes. Dans une épidémie où les rumeurs peuvent retarder l’arrivée des malades dans les centres spécialisés, ces survivants deviennent des relais de confiance autant que des symboles d’espoir.

Pour l’OMS et les partenaires sanitaires, la protection du personnel médical reste donc une priorité absolue. Sans soignants suffisamment équipés, formés et soutenus, la riposte perd sa première ligne de défense. Et dans une région où le système de santé était déjà sous pression avant Ebola, chaque contamination parmi les équipes médicales affaiblit un peu plus la capacité à contenir l’épidémie.

La RDC a déjà réussi à mettre fin à seize épidémies d’Ebola par le passé. Mais la flambée actuelle, portée par une souche rare, dans une région instable et avec un personnel de santé lourdement touché, s’annonce comme l’un des défis sanitaires les plus difficiles de ces dernières années.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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