Mali : le journal Jeune Afrique banni par les autorités de Bamako


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Au Mali, les autorités de transition ont annoncé l’interdiction de circulation et de diffusion du journal Jeune Afrique sur l’ensemble du territoire national. La décision, rendue publique le 16 janvier, émane du ministère de l’Administration territoriale et vise l’hebdomadaire sous toutes ses formes, imprimées comme numériques. Bamako justifie cette mesure par des accusations d’atteinte à l’ordre public et de contenus jugés hostiles aux institutions.

Le paysage médiatique malien continue de se restreindre. Dans une décision officielle datée du 16 janvier 2026, le gouvernement de transition, par la voix du ministre de l’Administration territoriale, le général Abdoulaye Maïga, a annoncé l’interdiction formelle de circuler, distribuer ou vendre le journal Jeune Afrique sur l’ensemble du territoire.

Des accusations graves pour justifier la censure

Pour motiver cette interdiction, le communiqué officiel du ministère invoque la nécessité de préserver l’ordre public. Les autorités reprochent au magazine d’avoir publié des accusations qu’elles qualifient de fallacieuses et de subversives. Le gouvernement de Bamako va plus loin en accusant le titre d’apologie du terrorisme, de diffamation et d’incitation à la haine.

Ces griefs feraient suite à la couverture par le journal des difficultés d’approvisionnement en carburant qui secouent le pays, ainsi qu’aux enquêtes publiées sur les exactions présumées commises contre les populations civiles par les forces armées et leurs alliés d’Africa Corps.

La réponse cinglante de la direction du journal

La réaction de la rédaction de Jeune Afrique ne s’est pas fait attendre. Son directeur de publication, François Soudan, a fermement rejeté ces motifs, les qualifiant de diffamatoires et de typiques des langages de junte. Selon lui, cette décision est la preuve que le travail journalistique touche des points sensibles, notamment la gestion de la crise du carburant et le coût exorbitant du dispositif sécuritaire mis en place par le général Assimi Goïta.

La direction du groupe média déplore une mesure jugée archaïque à l’ère du numérique, affirmant qu’elle bafoue le droit des citoyens maliens à une information pluraliste et objective.

Un environnement médiatique sous haute tension au Sahel

Cette interdiction n’est pas un cas isolé au Mali, où la liberté de la presse est mise à rude épreuve depuis les coups d’État de 2020 et 2021. Elle s’inscrit dans une liste déjà longue de suspensions visant des médias étrangers. Avant Jeune Afrique, les chaînes RFI et France 24 avaient déjà été interdites de diffusion permanente dès 2022, suivies par TV5 Monde en mai 2025.

Dans un contexte où les correspondants étrangers sont souvent contraints à l’exil, les voix indépendantes peinent désormais à se faire entendre dans les trois capitales de l’AES, laissant place à un discours officiel de plus en plus verrouillé.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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