Mali, Elections malgré le Covid-19 : faut-il craindre un scenario à la guinéenne ?

Le Président malien, Ibrahim Boubacar Keita

Au Mali, les électeurs sont conviés aux urnes ce dimanche 19 avril 2020 pour le second tour des élections législatives ; un scrutin organisé malgré la situation sécuritaire du pays et l’épidémie du Coronavirus qui a déjà fait 13 morts. Un scenario à la guinéenne n’est pas à écarter.

Ce dimanche 19 avril 2020 au Mali, les électeurs sont appelés à voter pour le second tour des élections législatives. Sur les 147 députés à élire, 22 avaient été officiellement élus au premier tour. Le second tour de ce dimanche permettra de choisir les 125 restants. Mais cette élection pourrait avoir un taux d’abstention très élevé pour deux raisons essentielles : la crise sanitaire mondiale du Coronavirus et les actes terroristes qui ont cours dans le Sahel.

Dans le pays, plus de 216 personnes ont déjà été déclarées positives à la maladie à Coronavirus et 13 en sont mortes. Samedi 18 avril, à la veille du jour du scrutin, plus d’une vingtaine de nouveaux cas ont été recensés. Hormis la peur du Covid-19, la population craint les terroristes qui menacent d’ailleurs de s’attaquer aux électeurs et de détruire les bureaux de vote.

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Même si l’Etat est conscient du risque qu’il encoure en maintenant les élections, il faut noter que l’enjeu est de taille. La plupart des partis politiques de la mouvance comme de l’opposition soutiennent le gouvernement du Président Ibrahim Boubacar Keïta dans ce processus électoral, car le défi est grand : renouveler les membres de l’Assemblée nationale élus en 2013 et qui devraient normalement être changés depuis 2018, et pouvoir enfin concrétiser l’application de l’accord de paix signé en 2015.

Ledit accord entre l’Etat et les groupes armés indépendantistes préconise une décentralisation plus approfondie du pouvoir à travers une réforme constitutionnelle qui devrait être votée à l’Assemblée nationale. Or, le mandat du Parlement actuel a expiré et sa légitimité ainsi contestée. Selon les dirigeants maliens, l’application de cet accord est également un tournant clé dans la lutte contre l’insécurité, la pauvreté et la guerre.

Le grand hic est que ce scrutin se tient au moment où la maladie à Coronavirus s’est bien implanté au Mali. Scénario qui rappelle un peu ce qui s’est passé en Guinée, avec les élections couplées, suivies d’une explosion des cas de Covid-19. Pire, en moins de 24 heures, la Guinée a perdu deux éminentes personnalités du fait du Coronavirus : le président de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), lui-même qui avait supervisé ces élections, et le Secrétaire général du Gouvernement. Qu’en sera-t-il pour le Mali ? Affaire à suivre.

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