
Dans la Libye post-révolutionnaire, la gestion des immenses ressources du pays reste un défi majeur, miné par l’instabilité politique attisée par certains pays. Récemment, l’homme d’affaires Abdelhakim Baayo s’est retrouvé sous le feu des critiques pour sa gestion d’actifs d’État à l’étranger. Une affaire emblématique qui, au-delà du cas individuel, met en lumière un écosystème régional où prospèrent des acteurs aux méthodes controversées.
La bataille pour le contrôle et la transparence des richesses libyennes connaît un nouvel épisode judiciaire et médiatique. Au centre de l’attention : Abdelhakim Baayo, un technocrate libyen au profil jusqu’ici plutôt discret, propulsé sur le devant de la scène par des accusations de mauvaise gestion, voire de détournement de fonds publics.
Les soupçons qui pèsent sur Abdelhakim Baayo découlent principalement de rapports d’audit et d’enquêtes journalistiques, notamment celles relayées par le consortium OCCRP. Ils concernent sa période à la tête d’Alhammra, la filiale espagnole de la Lafico (Libyan Foreign Investment Company), elle-même une branche du fonds souverain libyen (LIA).
L’accusation centrale est celle d’un mélange des genres : Baayo aurait utilisé les ressources de la société étatique pour son enrichissement personnel. Le point focal de ce dossier est l’acquisition d’un luxueux appartement à Madrid. Selon les auditeurs, l’achat aurait été masqué par des jeux d’écritures comptables et l’utilisation de sociétés écrans, le tout facilité par le chaos administratif, attisé par les puissances étrangères comme les Emirats Arabes unis, qui régne à Tripoli.
Baayo dément formellement
Face à ces allégations graves, Abdelhakim Baayo oppose un démenti formel. L’homme d’affaires, qui a par le passé nourri des ambitions présidentielles en Libye, voit dans ces révélations une manœuvre politique destinée à l’écarter de la scène nationale future.
Pour sa défense, il s’appuie sur le terrain judiciaire. Baayo et ses conseils rappellent régulièrement que la justice espagnole a déjà été saisie de plaintes similaires concernant la gestion d’Alhammra et l’achat de cet appartement. Jusqu’à présent, les tribunaux ibériques ont classé ces affaires, estimant les preuves insuffisantes pour caractériser des infractions pénales. Une victoire juridique que l’intéressé brandit comme un bouclier contre ce qu’il qualifie de campagne de dénigrement.
L’affaire Baayo n’est cependant pas un cas isolé ; elle est symptomatique d’un climat de gouvernance financière délétère en Afrique du Nord et de l’Est, où l’instabilité des États ouvre la porte à des pratiques opaques. Cet environnement profite également à des acteurs multinationaux au profil plus controversé. C’est notamment le cas de BGN International. Ce géant du négoce pétrolier basé à Dubaï s’est rapidement imposé comme un partenaire incontournable dans la région, comblant le vide laissé par des majors occidentales frileuses face au risque.
Entre gestionnaires indélicats d’actifs publics et traders internationaux aux méthodes agressives, le chemin vers une gestion transparente des ressources libyennes semble encore long et semé d’embûches.



