Les Swazi font leur révolution sexuelle

Le Parlement du Swaziland autorise la réouverture d’un sex-shop en plein coeur de la capitale. L’idée : mieux vaut que les habitants de Mbabane s’amusent à des jeux autorisés plutôt que de voir la courbe des violences sexuelles continuer de croître. L’occasion d’une grande remise en cause de la pudibonderie swazi.

 » Oui, les gens trouvent cela choquant « , s’indigne un habitant de Mbabane. Le Loveland rouvre ses portes, et ça n’est pas du goût de tout le monde. Ce sex-shop aux vitres fumées avait déjà créé l’événement lorsqu’il était apparu pour la première fois, en 1995. Un succès au parfum de scandale.  » C’est vrai que l’on se demandait ce qu’il y avait derrière ces fenêtres toutes noires … », confie notre interlocuteur, comme pour excuser la popularité de ce lieu interlope pendant ses deux mois d’activité.

A l’époque, une loi met fin brutalement aux activités du Loveland. Interdiction des sex-shops dans la capitale.  » Cela ne convenait pas à notre mentalité de chrétiens traditionnels « , analyse un jeune Swazi. Et la vente d’objets de plaisir s’attire la réputation d’encourager le vice et l’homosexualité.

Le sexe, une dure réalité

Mais voilà qu’à peine quelques années plus tard, le débat refait surface. Les croisés de la vertu chrétienne ont perdu de leur assurance. Sida, insécurité, viols y sont pour beaucoup. Plus d’un quart de la population du Swaziland serait infectée par le VIH. Les affaires de violence sexuelle font trop souvent les premières pages des journaux. L’an dernier, alors qu’un serial-killer abattait plus d’une quarantaine de femmes, on déplorait plusieurs viols d’enfants en bas âge. Le roi Mswati III impose alors le port de  » pompons  » distinctifs aux vierges du pays. Les filles ainsi décorées sont astreintes par décret à un quinquennat de chasteté. Tous les moyens sont envisagés pour endiguer l’épidémie de sida et protéger les femmes, trop souvent victimes de cette flambée de criminalité sexuelle.

C’est dans ce contexte que le sénateur Mboh Shongwe a proposé mercredi au Parlement d’autoriser la réouverture des sex-shops. Son argumentaire, acclamé par les députés, repose sur l’idée qu’il vaut mieux se résoudre à ce type d’exutoires, si cela peut calmer les ardeurs déchaînées des Swazi.

Paradoxes de la vertu

Cette mesure partage les habitants de Mbabane. Certains, telle la princesse Phetfwayini, voient dans ce projet une avancée vers une société plus moderne et plus libre. Mais des voix s’élèvent aussi contre la nouvelle loi. Le ministre de la Justice, Chief Maweni Simelane, confiait à la BBC que cette décision lui semblait juridiquement problématique. Plus généralement, ses détracteurs considèrent cette mesure comme  » choquante  » du point de vue de la morale.

Pourtant, le Loveland n’est que la partie visible d’une industrie du sexe qui fait florès au Swaziland. La prostitution est devenue pour beaucoup de femmes un complément de revenu nécessaire. Le soir venu, les professionnelles arpentent les quartiers chauds de la capitale. A une dizaine de kilomètres de là, le Why not very happy motel, un bar de strip-teaseuses très  » hot « , fait salle comble tous les soirs. A côté, le sex-shop, petite boutique d’objets de plaisirs où l’odeur de plastique cache mal l’absence d’une fragrance féminine, fait pâle figure. Mais curieusement, c’est à ses portes que s’ouvre un débat jusqu’alors impossible.

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