Les enfants reçoivent « plus de 50% » du sang transfusé en Afrique

A l’occasion de la Journée internationale du don du sang, l’Organisation mondiale de la santé sort une enquête où l’on apprend que les pays en développement doivent encore faire beaucoup d’efforts en matière de sécurisation des dons de sang. L’Afrique ne fait pas exception. Or, « plus de la moitié » des transfusions de sang est destinée aux enfants atteints du paludisme. Eclaircissements de Kaba Kourouma, conseiller francophone de la Société africaine de transfusion.

Les pays en développement sont toujours empêtrés dans les problèmes de don et de transfusion du sang. C’est ce qui ressort d’une enquête de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiée mercredi à l’occasion de la Journée internationale du don du sang. Sur le continent africain, on ne donne pas son sang assez volontairement et trop souvent encore le fluide rouge se monnaie. Le sang administré n’est pas systématiquement dépisté contre le VIH/sida, les hépatites B et C, la syphilis ou le paludisme. Le paludisme, qui décime les enfants du continent noir, quand il ne provoque pas une anémie sévère. Une anémie qui peut être palliée avec du sang. Selon Kaba Kourouma, conseiller francophone de la Société africaine de transfusion, « plus de 50% » des transfusions faites en Afrique le sont sur des enfants notamment anémiés par cette maladie parasitaire. Egalement chef de division au Centre national de transfusion sanguine de Guinée, il revient sur les lourds besoins en sang qu’il existe en Afrique à cause du paludisme.

Afrik : Quel est, selon vous, le pourcentage des transfusions qui sont affectés à des enfants anémiés ?

Kaba Kourouma :
Le pourcentage varie d’une zone à l’autre, mais globalement on peut supposer que plus de la moitié des transfusions effectuées en milieu tropical l’est pour des enfants, qui sont pour la plupart atteints d’anémie.

Afrik : Comment expliquez-vous ces anémies ?

Kaba Kourouma :
La fréquence des transfusions au niveau pédiatrique et obstétrique est plus élevée que dans les autres services hospitaliers. C’est notamment le fait du plasmodium falcitarum, le germe provoquant le paludisme le plus répandu en Guinée, mais aussi dans ses environs. Le paludisme crée une anémie car le plasmodium falcitarum attaque et détruit les globules rouges. Le taux d’hémoglobine baisse donc et c’est ce qui entraîne l’anémie. Il y a le paludisme, mais aussi la malnutrition et des maladies génétiques, comme la drépanocytose, qui est une cause fréquente d’anémie chez les enfants.

Afrik : Pourquoi les enfants atteints de paludisme ont-ils plus besoin de sang que les adultes ?

Kaba Kourouma :
C’est une question de résistance. Adulte, on essaie de résister à chaque fois que l’on est piqué par un moustique. Mais le système humanitaire des enfants n’est pas aussi développé, ce qui entraîne, avec la faiblesse de l’organisme et la malnutrition, la hausse de la densité parasitaire qui déclenche la maladie.

Afrik : Ces besoins doivent être difficiles à gérer, puisque les donneurs sont peu nombreux…

Kaba Kourouma :
Il y a un problème d’approvisionnement en sang, notamment pour les groupes rares (groupes facteur rhésus négatif), car les services de transfusion ne sont pas autosuffisants. Ils ne peuvent pas satisfaire les besoins car les gens donnent peu leur sang et qu’il n’y a pas l’instruction civique nécessaire pour que l’acte soit bénévole. On est obligé d’appeler les familles des patients pour qu’elles donnent du sang à leur parent. En revanche, dans certains pays, dans certains cas, on assiste à une utilisation du sang qui n’est pas rationnelle : le sang est utilisé dans des cas où la transfusion n’est pas indiquée. Il faut que le patient réponde à certains critères cliniques et biologiques, comme la présence de symptômes d’anémie et certains aspects de tolérance clinique à la transfusion. Certains médecins ne font pas beaucoup d’effort de raisonnement avant de transfuser.

Afrik : Vous pensez donc que le peu de sang disponible sur le continent est « gaspillé » ?

Kaba Kourouma :
Tout à fait. Si on faisait une enquête dans les hôpitaux, on verrait que bien des transfusions ne sont pas indispensables. Il faut favoriser le bénévolat et des alternatives à la transfusion.

Afrik : A quelle alternative pensez-vous pour éviter les transfusions liées au paludisme ?

Kaba Kourouma :
Il faut prévenir l’anémie par la prophylaxie aux anti-paludiques. Pour éviter la contraction de la maladie, il faut faire la promotion d’activités de santé publique, donner aux populations l’accès le plus large possible aux moustiquaires imprégnées et détruire les gîtes larvaires des moustiques. Mais il n’y a pas que le paludisme, on peut aussi traiter d’autres parasites, comme le bilharziose, qui peut provoquer une perte de sang dans les urines.

Afrik : En Afrique, le sang n’est pas toujours dépisté contre les maladies, et notamment le paludisme. Arrive-t-il qu’un porteur sain attrape le paludisme lors d’une transfusion ? Que se passe-t-il alors ?

Kaba Kourouma :
Les principaux cas de transmission du paludisme sont les moustiques et les transfusions sanguines. Les nouveaux transfusés peuvent faire un paludisme post-transfusionnel grave car leur organisme n’est pas habitué au germe. Pour ce qui est des touristes qui quitteraient l’Europe, par exemple, pour se rendre en Afrique, ils peuvent faire un paludisme post-transfusionnel grave s’ils n’ont jamais été en contact avec le germe. Mais comme dans certains pays le paludisme n’est pas dépisté avant transfusion, les médecins prescrivent après l’administration une prophylaxie à base de nivaquine ou chloroquine pour protéger les patients non exposés à la maladie. En général, c’est très rare chez les adultes.

Afrik : Qu’arrive-t-il à ceux qui sont porteurs du germe et qui sont transfusés avec du sang contenant des germes de la maladie ?

Kaba Kourouma :
Dans ce cas, le transfusé ferait un paludisme très rapidement. Mais en Guinée, si on dépistait le sang nous ne transfuserions pas : 90% a le plasmodium falcitarum. La meilleure transfusion est donc de ne pas transfuser.

Afrik : Quel message voulez-vous faire passer pour cette Journée mondiale du don du sang ?

Kaba Kourouma :
Nous ne pouvons pas fêter cette journée parce que le pays est en grève. Mais je voudrais dire que l’on doit reconnaître les efforts que certains font pour donner leur sang bénévolement. Il ne faut pas oublier que le donneur d’aujourd’hui peut être un malade demain. A l’heure actuelle, et avec les maladies émergentes, la meilleure transfusion est de ne pas transfuser et toute transfusion non indiquée est contre-indiquée. Les organisations internationales doivent se pencher sur une reconnaissance des donneurs, qui sauvent des vies.

 Journée mondiale du don de sang