Guinée : une dizaine de morts et le baccalauréat reporté

Une dizaine de morts, plusieurs dizaines de blessés et des dégâts matériels, c’est le bilan de la journée du lundi 12 juin en Guinée qui a vu s’affronter les forces de l’ordre et les lycéens. Ces derniers étaient en colère contre les enseignants qui suivent la grève générale lancée le 8 juin et ne sont pas venus surveiller les épreuves du baccalauréat. Au vu de la situation, le gouvernement a annoncé le report des examens.

Voitures brûlées, bureaux saccagés, morts et blessés par balles… Après la violente journée de lundi, qui aurait fait une dizaine de victimes à travers le pays, le gouvernement a déclaré à 20h, heure locale, qu’il reportait les épreuves du baccalauréat 2006. Le porte-parole du gouvernement, Moussa Solano, a indiqué que « les épreuves du lundi qui se sont déroulées dans des conditions pédagogiques régulières sont validées » et qu’un « nouveau calendrier d’examen sera défini et communiqué dans les meilleurs délais ». Il a aussi appelé les parents d’élèves à « garder leurs enfants à la maison ».

La journée de lundi, qui aurait dû être la première des épreuves du baccalauréat, a été particulièrement mouvementée et meurtrière dans différentes localités guinéennes. A Conakry, les élèves arrivés le matin sur les lieux d’examen n’ont trouvé ni surveillants ni professeurs, en grève générale depuis le 8 juin dernier pour l’amélioration de leurs conditions de travail. En colère, les lycéens ont refusé de rentrer en classe et ont été dispersés par des militaires en armes. A Kipé, le plus grand centre d’examen de Guinée, ils ont monté des barricades dans la rue à l’aide de tables, de chaises et de pneus, avant d’être dispersés. D’autres s’en sont pris aux transports publics, paralysant la circulation dans les principales artères de la capitale.

La grève se poursuit

Plusieurs milliers de collégiens et lycéens ont aussi manifesté dans les rues de Conakry, scandant « le changement, c’est pour aujourd’hui ». Ils ont tenté de gagner le palais présidentiel mais ont été repoussés par des tirs de grenades lacrymogènes. Des affrontements entre jeunes et forces de l’ordre ont été relevés dans la banlieue sud de Conakry, où l’on dénombre cinq morts. Il y aurait eu aussi deux morts à Dixinn, en grande banlieue. Trois lycéens ont été tués par balles dans la ville de Labé et Reuters rapporte trois morts à N’Zérékoré (sud-est). Guinénews, en recoupant les différentes sources, fait état de treize morts, « un bilan non officiel ». A Pita (nord-est), les élèves ont saccagé le bureau du rectorat et, selon La Nouvelle Tribune, des coups de feux nourris ont aussi été entendus à Kankan, Géckédou, Faranah et Kindia. Les blessés se compteraient par dizaines dans tout le pays.

Vendredi et samedi, plusieurs associations de parents d’élèves ont multiplié leurs appels aux professeurs pour « sauver l’école » et éviter une année sans examen. Une rencontre a également eu lieu samedi entre l’Inter Centrale qui a appelé à la grève générale et les autorités, mais sans résultat. Une deuxième rencontre avec les dirigeants syndicaux, lundi, n’a rien donné non plus. L’Inter Centrale guinéenne, composée de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et de l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), exige notamment une baisse du prix du carburant et le quadruplement des salaires des fonctionnaires. Alors que le calme semblait être revenu lundi soir à Conakry, la Fédération syndicale professionnelle de l’éducation (FSPE) et le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) laissent entendre que leur grève pourrait se poursuivre jusqu’à l’« aboutissement intégral de leurs justes revendications ». Les services, les banques, les hôpitaux et certains marchés sont toujours fermés dans la capitale. Et ce, depuis le 8 juin dernier.