Journée mondiale du don de sang

La Journée mondiale du don de sang a lieu le 14 juin. Une occasion de faire le point sur le don de sang en Afrique, qui rencontre encore des difficultés. Malgré un déficit en sang et des problèmes de conservation, on note des progrès effectués dans les tests des dons. Interview du docteur Jean-Baptiste Tapko, conseiller régional pour la sécurité transfusionnelle, au bureau régional Afrique de l’OMS, à Brazzaville, Congo.

Bon à savoir : un demi-litre de sang de donneur peut contribuer à sauver trois vies… De quoi faire réfléchir et encourager les citoyens du monde entier à offrir leurs veines pour la bonne cause. La deuxième édition de la Journée mondiale du don de sang se tient mardi 14 juin sur tous les continents. La première manifestation du genre avait été organisée le 14 juin 2004 à Johannesburg par le Service national sud-africain de Transfusion sanguine, et avait été célébrée dans près de 80 pays. Cette année, l’événement principal se déroulera à Londres, en Grande-Bretagne. Mais l’Afrique ne sera pas en reste. Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 80 millions d’unités de sang sont collectées chaque année à travers le monde, mais 39 % seulement le sont dans des pays en développement alors qu’ils représentent 82 % de la population mondiale. Et, dans le monde, 8 personnes sur 10 n’ont pas accès à la sécurité transfusionnelle. Sans compter qu’en Afrique, le sang contaminé par le VIH continue d’être à l’origine d’environ 5% des infections du sida. Le point sur la situation, avec le docteur Jean-Baptiste Tapko, conseiller régional pour la sécurité transfusionnelle, au bureau régional Afrique de l’OMS (Brazzaville, Congo).

Afrik : Quel est l’état du don de sang en Afrique ?

Dr Jean-Baptiste Tapko :
Premier problème : l’Afrique connaît un déficit en sang très élevé. Selon les estimations, les besoins en sang pour le continent sont de 12 à 13 millions de poches par an. Lors de la dernière mise à jour des données, sur la base de renseignements pris dans 43 pays, on enregistre un maximum de 2,5 millions de poches collectées par an… Deuxième problème : la qualité des dons. Pour avoir des dons de sang de bonne qualité, il faut des donneurs volontaires, altruistes et non rémunérés. Le donneur le plus sûr donne son sang au moins deux fois par an. Or, en Afrique, plus de 50% des dons proviennent de donneurs familiaux de remplacement, plus enclins à être contaminés par un virus. Cela veut dire que lorsqu’il y a problème, c’est un membre de la famille de la victime qui, au dernier moment, donne son sang. On appelle cela les dons de compensation.

Afrik : Comment faire face à ce déficit de sang ?

Dr Jean-Baptiste Tapko :
L’insuffisance n’est pas ressentie de la même façon dans tous les pays et certains sont quasiment auto-suffisants comme l’Ile Maurice ou l’Afrique du Sud, qui enregistre 900 000 poches par an venant exclusivement de dons volontaires et non rémunérés. En Côte d’Ivoire, entre 70 000 et 90 000 poches sont récoltées par an et l’approvisionnement se fait aussi exclusivement par dons volontaires, ce qui est une très bonne chose. D’autres pays ont beaucoup de problèmes. Le Nigeria, par exemple, possède un nombre de poches très insuffisant face à ces 140 millions d’habitants car il n’a pas de système national coordonné. Dans tous les cas, il est recommandé de prendre des mesures préventives et des solutions de remplacement dans le cadre de la fuite du sang. Par exemple, le traitement des anémies ne se fait pas uniquement par transfusion et lors des accidents, on peut administrer des solutés de remplacement en attendant que le volume sanguin remonte. Il est conseillé de ne transfuser du sang qu’en dernier recours pour éviter tout gaspillage.

Afrik : Face à ce déficit, certains Etats africains « importent »-ils du sang de pays voisins ? A l’instar du trafic d’organes, avez-vous entendu parler d’un trafic de sang en Afrique ?

Dr Jean-Baptiste Tapko :
Il peut arriver qu’un pays passe des accords avec un autre pour s’approvisionner en poches de sang. Mais un réseau entre les différents pays n’a pas été encore matérialisé. En ce qui concerne le trafic, nous n’avons aucune données qui indique qu’il en existe un.

Afrik : Comment se font les collectes de sang en Afrique ?

Dr Jean-Baptiste Tapko :
Comme en Europe. Il y a des postes fixes, des centres de transfusion où les donneurs peuvent se rendre, et des équipes mobiles qui vont dans les profondeurs du pays. Il y a des critères très précis à remplir pour le donneur potentiel. Avant de donner son sang, il doit répondre à un questionnaire et se soumettre à un examen médical. Les normes peuvent varier d’un pays à l’autre, mais les conditions sont aussi draconiennes qu’en Europe. Prochainement, nous allons mettre en place des programmes d’assurance-qualité dans les pays pour renforcer ces normes.

Afrik : Malgré tout, il reste des dangers de contamination à certains virus…

Dr Jean-Baptiste Tapko :
Il n’existe pas de risque zéro. Le risque résiduel varie d’un pays à l’autre, mais que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou en Afrique, il n’y a pas de sécurité à 100%. Il y a toujours l’émergence de nouvelles maladies, comme celle de Creutzfeldt-Jakob, la maladie de la vache folle. Dans quelques années, on se rendra sûrement compte que des personnes transfusées ont été contaminées… En ce qui concerne le dépistage des dons, il y a eu des progrès réels et des efforts de la part des Etats africains. Par exemple, au Botswana, qui souffre d’un taux de prévalence du VIH-sida de 40%, ce taux chez les donneurs de sang a été ramené à 5% car 100% du sang collecté provient de donneurs volontaires. Aujourd’hui, 99% des poches sont testées pour le VIH et 93% pour l’hépatite B, alors qu’en 1999, nous étions à 55% pour le VIH et à moins de 50% pour l’hépatite B. Les pourcentages sont un peu moindres pour l’hépatite C et la syphilis mais c’est encourageant.

Afrik : Existe-t-il aussi des problèmes de conservation ?

Dr Jean-Baptiste Tapko :
Il faut savoir que l’on peut fractionner le sang en plusieurs produits. Les globules rouges, qui ont une durée de vie de 35 jours, les plaquettes, qui ont une durée de vie de 5 jours seulement, et le plasma, que l’on peut congeler et garder plus longtemps. Le problème de la conservation est lié au problème de l’accès à l’énergie électrique. Pour conserver le sang, il faut avoir du courant en permanence. Or, si les centres n’ont pas de générateur, les coupures d’électricité sont fréquentes. Ceux qui utilisent des réfrigérateurs au gaz ou au pétrole, ne sont pas très fiables non plus… C’est la première chose à mettre en place : avant de demander du sang, il faut s’assurer que l’on peut le conserver dans de bonnes conditions. Il y a aussi un gros problème d’organisation : certaines formations sanitaires n’ont pas la structure adéquate pour stocker du sang.

Afrik : Y a-t-il des obstacles culturels, en Afrique, au don de sang ?

Dr Jean-Baptiste Tapko :
L’Afrique, comme le reste du monde, n’échappe pas à l’influence des témoins de Jéhovah qui refusent de donner leur sang. C’est un gros problème. Et puis il y a aussi des raisons culturelles : les dons de sang ne sont pas acceptés par certaines populations et communautés, qu’il faut sensibiliser. C’est une question délicate. Nous allons d’ailleurs lancer des études de comportements qui nous aideront à définir des stratégies afin d’obtenir plus de dons.

Afrik : A quoi servent le plus les transfusions en Afrique ?

Dr Jean-Baptiste Tapko :
Une grande partie sert à traiter les anémies aiguës. Selon les statistiques, le sang est le plus largement utilisé dans les services pédiatriques, pour les enfants. Viennent ensuite les femmes enceintes.

Afrik : Qu’attendez-vous de la Journée mondiale ?

Dr Jean-Baptiste Tapko :
Diverses activités, comme des opérations de collecte, vont être organisées dans les pays. Au Congo, nous allons remettre des prix aux donneurs les plus réguliers, en marque de reconnaissance de ce qu’ils ont fait pour les malades. A Brazzaville, nous avons un homme qui a déjà fait plus de 100 dons ! Il y aura aussi des émissions de radio et de télévision pour sensibiliser les populations. Nous espérons faire naître de nouvelles vocations de donneurs !