
Le deuil a frappé Odienné, capitale de la région ivoirienne du Kabadougou, qui hérite son nom d’un très ancien royaume Malinké, frontalière de la Guinée à l’Ouest et du Mali au Nord. C’est jeudi 23 avril 2026 que l’effondrement d’un immeuble en chantier de deux étages (R+2) au quartier Stade d’Odienné a coûté la vie à un ouvrier et laissé plusieurs autres grièvement blessés. Ce nouveau drame remet brutalement en lumière la problématique des constructions échappant aux normes d’urbanisme dans l’ensemble du pays.
Le silence du quartier Stade a été brisé par un fracas assourdissant. En plein après-midi, un immeuble de type R+2, alors en phase de coulage de dalle, s’est totalement affaissé sur lui-même, piégeant sous des tonnes de béton et de ferraille les ouvriers présents sur le site.
Selon les témoignages recueillis sur place et les premières constatations, l’accident s’est produit alors que les ouvriers s’attelaient à la pose de la dalle du deuxième étage. La structure de soutien, constituée de piliers et d’étais de fortune, n’a pas supporté le poids du béton frais. « Tout s’est écroulé en quelques secondes dans un nuage de poussière », rapporte un riverain encore sous le choc.
Les secours, composés des sapeurs-pompiers civils et des forces de l’ordre, se sont rapidement déployés pour extraire les victimes des décombres. Le bilan définitif établi en fin de journée faisait état d’un mort (un ouvrier présent sur la dalle) et de sept blessés graves. Ces derniers ont été évacués en urgence vers le Centre Hospitalier Régional (CHR) d’Odienné, où certains se trouvent encore dans un état critique.
De graves manquements administratifs et professionnels
Comme c’est trop souvent le cas, les premières investigations menées par les services techniques de la mairie et de la direction régionale de la Construction révèlent de graves manquements : tout d’abord un défaut de permis de construire, puisque le chantier ne disposait pas des autorisations administratives nécessaires. Bien évidemment la délivrance d’un permis de construire aurait permis de vérifier que les relevés de terrain et les plans de construction avaient été élaborés dans les règles de l’art. Ce n’était visiblement pas le cas.
Ensuite les matériaux employés étaient inadaptés : la rupture des supports et étais en bois, qui se sont avérés trop fragiles pour supporter la charge de la dalle, est directement mise en cause. Là aussi les règles de base du travail engagé, la solidité des matériaux et leur disposition précise pour résister au poids du béton qu’ils devaient supporter, n’avaient pas été respectées.
Enfin, les autorités ont pointé l’absence d’expertise : le chantier semble avoir été mené sans la supervision d’un bureau de contrôle ou d’un ingénieur qualifié. Or ces pratiques d’urbanisme « sauvages » sont régulièrement dénoncées en Côte d’Ivoire, et de nombreux drames d’effondrement sont à déplorer chaque année, touchant des immeubles en cours de construction, voire même récemment construits et déjà lotis.
Comment un chantier peut-il échapper à la vigilance des autorités?
Le Préfet de région René Famy Kouamé et les autorités municipales se sont rendus sur les lieux du sinistre pour exprimer leur compassion aux familles des victimes. Le procureur a annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d’autrui. Le propriétaire du chantier et l’entrepreneur devront répondre de ces manquements. La question qui se pose est toujours la même : pourquoi avoir attendu l’accident pour mettre le holà à cette construction? Les autorités locales sont-elles aveugles, ou sans moyen face à certains propriétaires? Un tel chantier ne se fait pourtant pas en un jour…
Le drame d’Odienné vient tristement rappeler l’urgence de réguler le secteur du bâtiment en Côte d’Ivoire, où les effondrements d’immeubles sont récurrents malgré les mises en garde répétées du gouvernement : la construction a des règles et principes, l’architecture est un métier, la maçonnerie un art, il faut retrouver une qualité professionnelle que certains mettent aujourd’hui après l’appât du gain que leur procure une urbanisation sauvage…



