Les Congolais en mal de dialogue

Londres et Paris poussent l’opposition congolaise à participer au sommet de Sun City, en Afrique du Sud. Le RCD/ Goma et Jean-Pierre Bemba (MLC), qui contrôlent un tiers du territoire, refusent de s’asseoir à la même table de négociations que les anciens mobutistes. Crise politique.

De notre correspondant à Kinshasa

Une sévère mise en garde vient d’être exprimée par Paris et Londres envers certains politiciens congolais qui menacent de boycotter les prochaines négociations politiques de Sun City :  » La France et le Royaume-Uni sont extrêmement préoccupés par les déclarations du RDC/Goma et de certains partis de l’opposition non-armée qui ont menacé de ne pas participer au dialogue intercongolais, le 25 février à Sun City « . Tels sont les termes d’un communiqué laconique publié conjointement, à Kinshasa, par les ambassades de France et du Royaume-Uni à trois jours de la tenue, à Sun City (Afrique du Sud), du dialogue intercongolais.

Le ton du communiqué ainsi que la double signature française et britannique ne laissent aucun doute sur la menace que les deux pays font peser sur les politiciens congolais en cas d’une nouvelle panne du dialogue. Aucun des journaux qui ont paru ce matin à Kinshasa n’affichent d’optimisme sur le déroulement normal des prochaines négociations politiques. C’est tout le contraire. Ils déplorent le manque de responsabilité des leaders politiques et craignent que l’échec des négociations n’exacerbe la confrontation armée sur différents fronts de bataille.

Le pessimisme est de rigueur

A l’origine de la crise : le refus de certains partis de l’opposition de voir figurer sur la liste des opposants présents au dialogue des noms qu’ils estiment être plutôt proches du pouvoir. Allusion particulièrement à Felix Vunduawe Te Pemako, ancien directeur de Cabinet du maréchal Mobutu et Frédéric Kibassa Maliba, ancien ministre de Laurent Désiré Kabila. Le bureau du facilitateur du dialogue congolais, Ketumile Masire, est également pris à partie par les politiciens mécontents pour, disent-ils, avoir favorisé l’intégration, sur la liste de l’opposition non armée, de personnes connues notoirement comme proches du pouvoir. Est plus particulièrement visé le représentant du facilitateur à Kinshasa, le professeur Hacem Ould Lebatt, de nationalité mauritanienne.

La crise a tellement dégénéré que la Monuc (Mission d’Observation des Nations Unies au Congo) a dû intervenir pour tenter, en vain, de mettre les deux parties d’accord. Les treize partis politiques dont l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès) d’Etienne Tshisekedi, menacent de ne pas se rendre en Afrique du Sud, tant que le bureau du facilitateur n’aura pas revu la liste des participants et rayé les noms incriminés. Même son de cloche côté rébellion. Jean-Pierre Bemba, leader du MLC (Mouvement de Libération du Congo) a déclaré sur Rfi qu’il ne se rendrait pas non plus à Sun City pour les mêmes raisons.

Les opposants sont des représentants du pouvoir

D’où le coup de colère de la France et du Royaume-Uni, qui se sont beaucoup investis dans le bon déroulement du processus de paix en République Démocratique du Congo.  » La France et le Royaume-Uni ainsi, que l’ensemble de la communauté internationale, conclut le communiqué, considèrent qu’il est temps que le dialogue produise des résultats concrets et ne comprendraient pas que l’ensemble des parties congolaises ne s’investissent pas totalement dans la rencontre de Sun City et ne l’abordent pas avec un esprit d’ouverture, de compromis et de sérieux « .

Devant des journalistes congolais et étrangers perplexes, les deux ambassadeurs, le Britannique Jim Atkinson et le Français Gildas Le Lidec, n’ont pas voulu donner de détails sur le sens exact du communiqué, ni expliquer quelles mesures les deux pays pourraient prendre dans le cas où le dialogue intercongolais ne démarrait pas comme prévu, le 25 février prochain. Difficile aussi de savoir comment réagirait la population si, pour des raisons qui ne sont pas fondamentales, certains hommes politiques faisaient capoter les négociations. A Kinshasa, tout le monde est suspendu à cette hypothèque qui pèse si lourdement sur la tenue du dialogue.

Les Congolais sont las d’une guerre qui ne finit pas de durer, même le facilitateur du dialogue lui-même se déclare fatigué d’une tâche qui s’apparente de plus en plus à celle de Sisyphe… Dans un accès de colère, Ketumile Masire vient de déclarer  » qu’il avait autre chose à faire que de réunir les Congolais et qu’en cas de nouvel échec des négociations intercongolaises, la République démocratique du Congo pourrait être placée sous administration provisoire des Nations Unies « . Ce qui ne simplifierait rien…

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