Les clashs qui déchirent le Maroc et l’Algérie

Abdelmadjid Tebboune et Mohammed VI
Le Président Abdelmadjid Tebboune et le roi Mohammed VI

Les clashs entre Marocains et Algériens ne se réduisent pas aujourd’hui aux titres musicaux des rappeurs. Cela est devenu, malheureusement, la règle des vidéos à caractère politique diffusées par les deux peuples maghrébins.

Le contenu YouTube diffusé au Maroc et en Algérie est devenu alarmant puisqu’il reflète une haine grandissante entre deux peuples quasiment semblables, qui ont toujours été joints par une culture et une histoire communes. En effet, plusieurs empires qui se sont établis au Maghreb ont uni les peuples du Maroc, de l’Algérie et même de la Mauritanie, de la Tunisie et de la Libye. Cependant, les traces et les frontières de l’époque coloniale continuent jusqu’à présent à déchirer les terres de ces pays et les sentiments de tout le peuple maghrébin.

Cette souffrance est plus intense chez les nomades qui se sentent encore des citoyens de l’ancien Grand Maghreb Uni et qui doivent toujours mener leurs voyages naturels en affrontant les mines artificielles entre les déserts périlleux du Maroc, de l’Algérie et de la Mauritanie. Les manifestations de ces nomades ne sont pas suffisantes pour abolir ces frontières ridicules qui divisent un désert qui appartient historiquement à tous les Maghrébins. Les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies n’ont jamais pu réagir positivement à de tels problèmes. En plus, l’expulsion d’une trentaine de fermiers marocains d’une palmeraie qu’ils exploitaient naturellement au côté algérien des frontières n’a fait qu’augmenter la colère des habitants de Figuig au Maroc et de Béchar en Algérie contre le présent frontalier qui déchire le passé glorieux des Maghrébins.

Atténuer ce grand désastre politique et social au Maghreb

Les décisions politiques des pays du Maghreb n’ont fait qu’empirer la situation. L’Algérie refuse solennellement les frontières sahariennes revendiquées par le Maroc et continue à soutenir le Front Polisario. L’Algérie voit même que le Maroc est un pays hostile et refuse aujourd’hui que son voisin de l’Ouest tire profit des ressources naturelles ou du domaine aérien algériens. L’accord maroco-algérien à propos de la mine de fer de Gara Djebilet, qui symbolisait le refus des frontières coloniales, a même été aboli unilatéralement par Alger. Le Maroc, quant à lui, a commencé à soutenir ouvertement la thèse d’une Kabylie indépendante et risque de soutenir des révoltes des Touaregs au Sud de l’Algérie. De plus, le Maroc essaie à tout prix de gagner le soutien des pays constituants de l’Organisation des Nations Unies pour sa cause, ce qui a induit un isolement politique et économique alarmant pour l’Algérie.

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Les autres constituants du Maghreb, notamment la Mauritanie et la Tunisie, restent plus ou moins indécis à ce sujet tout en lorgnant le Maroc ou l’Algérie pour recevoir de meilleures offres ou offrandes économiques. Les grands partis politiques au Maroc et en Algérie, surtout les communistes d’entre eux, ne tentent plus de réagir comme avant en donnant des recommandations objectives capables d’atténuer ce grand désastre politique et social au Maghreb. L’Organisation des Nations Unies, qui s’affaiblit de plus en plus, est incapable de trancher concernant le fameux dossier du Sahara et cela risque de mener toute la région du Maghreb vers une éventuelle « balkanisation » affaiblissante et décevante. Les armées de l’Occident profitent alors de cette situation pour vendre leurs armes et pour se renforcer au Maroc alors que les armées “orientales”, qui souhaitent la réincarnation de l’URSS en profitent aussi pour vendre leurs armes et pour bien se positionner en Algérie.

La fin de l’époque du non-alignement au Maghreb ?

Est-ce que cela marque la fin de l’époque du non-alignement au Maghreb ? Tous les penseurs nord-africains savent que personne ne pourra sortir gagnant de la guerre, mais est-ce que les peuples du Maghreb, qui ne cessent jamais de répéter le fameux dicton «khaoua-khaoua», ont la capacité de dissuader leurs gouvernements de détruire la région par un nouveau conflit armé ? Est-ce que l’Organisation des Nations Unies est si faible qu’elle ne peut pas empêcher la germination évidente d’un nouveau marécage pas loin de l’Europe, entre le Sahel et la Méditerranée ?

Par Akram Louiz : Auteur, poète, Lieutenant de première classe de la Marine marchande