Berlinale 2026 : le Maroc devient le premier pays africain « invité d’honneur » du Marché européen du film


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Tournage de film au Maroc
Tournage de film au Maroc

C’est une première historique pour le continent africain. Le Maroc a été désigné « Country in Focus » de l’European Film Market (EFM), le volet professionnel et commercial de la 76e édition du Festival international du film de Berlin, qui se tient du 12 au 22 février 2026. Jamais auparavant un pays africain n’avait reçu cette distinction, accordée chaque année à une cinématographie jugée particulièrement dynamique sur la scène mondiale.

Une inauguration en grande pompe au Gropius Bau

La cérémonie d’inauguration, organisée mercredi 12 février au mythique Gropius Bau de la capitale allemande, a réuni les plus grandes figures de l’industrie cinématographique internationale. La directrice de la Berlinale, Tricia Tuttle, et la directrice de l’EFM, Tanja Meissner, ont conjointement salué le choix du Royaume chérifien commme Invité d’Honneur de la Berlinade. Cette dernière a souligné que le Maroc s’était imposé naturellement comme candidat en raison de sa position géographique et culturelle unique, à la croisée de l’Afrique, du monde arabe et de l’Europe.

Producteurs, réalisateurs, scénaristes, comédiens et distributeurs venus du monde entier ont participé à cette soirée de lancement, qui a donné le coup d’envoi d’une semaine dense de rencontres professionnelles, de pitchs et de tables rondes dédiées à la coproduction internationale.

« Une mosaïque d’histoires faites de lumière »

C’est sous ce thème poétique que le Centre cinématographique marocain (CCM), piloté par Reda Benjelloun, a conçu la participation du Royaume à cette édition berlinoise. Dix projets cinématographiques marocains, fictions, documentaires et séries, ont été sélectionnés pour être présentés dans le cadre de l’EFM, portés par une délégation mêlant figures confirmées du cinéma marocain et nouvelle génération de producteurs.

Parmi les producteurs et productrices retenus figurent notamment Khadija Alami (K Films), Karim Debbagh (Kasbah Films), Merieme Addou (Iris Production), Alaa Eddine Aljem (Le Moindre Geste), Lamia Chraibi (La Prod) ou encore Rachida Saadi (JanaProd). Leurs projets couvrent un large spectre de genres et d’ambitions, des séries policières aux documentaires engagés.

Fait notable de cette édition : pour la première fois avec une telle ampleur, le segment « Berlinale Series Showcase » s’ouvre aux séries marocaines. La série policière K-1, produite par Khadija Alam témoigne de la maturité narrative atteinte par la fiction sérielle marocaine.

« Le Mirage » de Bouanani, un joyau restauré en section Berlinale Classics

Mirage (Assarab), chef-d'œuvre d'Ahmed Bouanani
Mirage (Assarab), chef-d’œuvre d’Ahmed Bouanani

Autre temps fort de cette présence marocaine à Berlin : la projection en première mondiale de Mirage (Assarab), chef-d’œuvre d’Ahmed Bouanani réalisé en 1979, dans la prestigieuse section « Berlinale Classics ». Le film a été entièrement restauré en 4K par la Cinémathèque marocaine en partenariat avec le CCM. Une première pour une œuvre africaine et arabe restaurée localement.

Cette restauration affirme la volonté du Maroc de préserver et de valoriser sa mémoire cinématographique, tout en réintroduisant ses classiques dans le circuit international de la diffusion.

Un écosystème cinématographique en pleine expansion

La mise en lumière du Maroc à Berlin intervient à un moment charnière pour l’industrie cinématographique du Royaume. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les recettes issues des tournages internationaux ont atteint 1,5 milliard de dirhams en 2025, après 1,24 milliard en 2024, confirmant une trajectoire ascendante spectaculaire depuis la relance post-Covid.

Cette dynamique repose sur plusieurs piliers. Le mécanisme de cash rebate de 30 %, instauré en 2022 en remplacement du taux précédent de 20 %, permet aux productions étrangères de récupérer une part significative de leurs dépenses locales. À cela s’ajoutent l’exonération de TVA, des réductions pouvant atteindre 80 % sur la location de matériel, et une diversité de décors naturels unique. Des dunes du Sahara aux montagnes de l’Atlas, en passant par les médinas historiques et les côtes atlantiques. Peu de pays peuvent offrir sur un territoire aussi compact.

En 2025, plus de 60 productions internationales majeures ont choisi le Maroc pour tout ou partie de leurs tournages. Le Royaume s’affirme désormais comme une véritable plateforme de création, de coproduction et, de plus en plus, de post-production.

Un pont entre l’Afrique, le monde arabe et l’Europe

Au-delà des enjeux industriels, la présence du Maroc comme pays à l’honneur de l’EFM porte un message plus large. Comme l’a souligné la délégation marocaine, le Royaume entend porter la voix et la vision de l’ensemble du continent africain sur la scène cinématographique mondiale.

Le directeur du CCM a rappelé que le Maroc dispose d’écoles de cinéma de renommée internationale, de techniciens hautement qualifiés et de festivals reconnus à l’échelle mondiale, à commencer par le Festival international du film de Marrakech. Cette vitrine berlinoise s’inscrit dans une volonté de promouvoir un nouveau dialogue Nord-Sud, fondé sur la coopération artistique, économique et industrielle.

La Berlinale se poursuit jusqu’au 22 février. L’EFM, qui ferme ses portes le 18, devrait permettre aux professionnels marocains de conclure de nouveaux accords de coproduction et de renforcer les partenariats internationaux qui font du cinéma marocain l’une des cinématographies les plus dynamiques de l’espace francophone et du continent africain.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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