
Rabat sort enfin du silence. Pour la première fois, le Palais royal marocain prend officiellement les devants dans l’affaire Jane Benzaquen, cette Franco-Marocaine qui affirme être la fille biologique du roi Hassan II. Une initiative inédite, qui témoigne de la nervosité croissante du pouvoir face à la judiciarisation internationale du dossier.
Un rapport commandé en secret par le Maroc
Selon le quotidien espagnol El Independiente du 14 février 2026, le Royaume du Maroc a discrètement mandaté le cabinet britannique SRi Forensics afin d’expertiser les ressemblances faciales entre Jane Benzaquen et feu Hassan II. Ce rapport de 53 pages, confié par l’intermédiaire du cabinet Perspicere en octobre 2025, conclut que les similitudes entre les deux visages « relèvent de la variabilité humaine normale ».
En apparence anodine, cette initiative est une initiative marquante du gouvernement de Mohammed VI. Jusqu’ici, Rabat se contentait d’une posture distante, mêlant silence et temporisation. Désormais, le Palais opte pour l’offensive judiciaire, signe d’une inquiétude nouvelle à l’approche des procédures américaines.
L’ADN, point central du litige
Depuis l’origine, le cœur du dossier reste le même : seule une analyse ADN pourrait trancher la question de la filiation. Jane Benzaquen et sa famille affirment être prêtes à s’y soumettre sous contrôle judiciaire. Le Maroc, en revanche, s’oppose à tout accès aux échantillons biologiques de Hassan II, prétendument conservés dans des établissements de soins américains fréquentés par le monarque avant sa mort.
Or, la procédure engagée fin 2025 devant la justice américaine par la défense de Benzaquen vise justement à obtenir ces documents médicaux. Face à la justice fédérale des États-Unis, les outils diplomatiques du Palais risquent d’être moins efficaces qu’en Europe. L’affaire prend ainsi une tournure inédite, potentiellement incontrôlable pour Rabat.
Une bataille d’experts autour des ressemblances
Le rapport de SRi Forensics cherche ainsi à discréditer la valeur probante des similitudes physiques. Les experts britanniques soutiennent que les photographies comparatives auraient été retouchées pour accentuer artificiellement la ressemblance. Leur conclusion : la morphologie du visage ne suffit pas à démontrer une filiation.
Mais pour la défense de Jane Benzaquen, cet argumentaire reste secondaire. Les ressemblances physiques n’ont jamais été présentées comme preuve centrale du dossier, seulement comme indice complémentaire à un ensemble plus large : témoignages, archives et éléments de contexte sur la relation entre Hassan II et la mère de Jane Benzaquen.
Dans cette bataille d’experts, les conclusions s’opposent. Mais tous s’accordent sur un point : seul un test ADN apportera une réponse scientifique incontestable.
Le Palais royal face à une équation diplomatique risquée
En mobilisant des cabinets d’avocats internationaux tels que A&O Shearman, Rabat signale qu’il prend désormais la menace très au sérieux. L’internationnalisation du litige, notamment sur le sol américain, expose le Maroc et la monarchie alaouite à des risques diplomatiques inédits.
Si la justice américaine contraint la divulgation des dossiers médicaux de Hassan II, le Maroc devra choisir : accepter un test ADN aux conséquences potentiellement explosives, ou défier une décision d’un tribunal fédéral, un scénario impensable pour un allié stratégique de Washington.
Un casse-tête dynastique à dimension symbolique
Au-delà du juridique, l’affaire Benzaquen soulève une question fondamentale : comment la monarchie marocaine gère-t-elle ses secrets familiaux à l’ère de la transparence génétique ? Si la filiation venait à être reconnue, l’impact serait moins successoral que symbolique. La reconnaissance d’une demi-sœur juive du roi Mohammed VI bouleverserait le récit dynastique soigneusement entretenu depuis des décennies.
En commandant un rapport pour contester cette filiation, Rabat admet implicitement que l’affaire n’est pas anodine. Car tant que le test ADN restera refusé, le doute persistera : pourquoi refuser une preuve scientifique si la vérité est censée innocenter le Palais royal ?




