Le Sud-Soudan déchiré entre Khartoum et milices armées

Le gouvernement soudanais a menacé mercredi de priver le Sud-Soudan de l’utilisation de ses infrastructures pétrolières si un accord n’était pas conclu avant la séparation des deux États. La crainte d’une reprise de la guerre va grandissante. Le Sud-Soudan doit également faire face à des combats entre milices et voleurs de bétail.

Les hostilités entre le Nord et le Sud-Soudan sont reparties de plus belle. Alors que le Sud-Soudan prend son indépendance officiellement le 9 juillet, Khartoum a menacé mercredi de lui interdire l’accès à ses infrastructures pétrolières si un accord n’est pas trouvé avant la sécession. « Nous avons envoyé une lettre au Sud-Soudan pour les informer qu’ils ne pourront pas utiliser les oléoducs, la raffinerie ou le port sur la mer Rouge après le 9 juillet à moins qu’un accord ne soit conclu sur le prix de la location de la raffinerie », a affirmé le ministre des Finances Ali Mahmoud. Pour justifier cette décision, il a mis en avant les conséquences néfastes qu’aurait la sécession sur l’économie du pays. « Le Soudan va perdre 36,5% de ses revenus à partir du 9 juillet, c’est le pourcentage des revenus pétroliers que le gouvernement perçoit du brut produit dans le Sud »; a-t-il expliqué.

Bien que le Sud-Soudan produise environ les trois quart des 470 000 barils de pétrole quotidien du Soudan, l’industrie pétrolière a toujours été gérée par le Nord où se trouvent les infrastructures les plus importantes. Le gouvernement de Khartoum, qui est soumis à des sanctions américaines, chercherait en réalité à compenser la chute de ses revenus. Il est en proie à l’inflation et à une immense dette extérieure. De hauts responsables du Nord et du Sud mènent des discussions à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, pour tenter de trouver un accord sur la gestion du pétrole après la partition. Mais les récentes violences entre les deux parties dans la région d’Abyei et actuellement dans l’Etat pétrolier du Kordofan-Sud a mis à mal les négociations. Depuis le 5 juin, le Kordofan-Sud est en proie à des affrontements entre les forces armées nordistes soutenues par des milices et les forces sudistes de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA). Par le passé, il avait déjà été un champ de bataille, pendant la guerre civile de 1983 à 2005.

Barack Obama appelle à un cessez-le-feu

Face à la montée des tensions, le président américain Barack Obama a appelé mercredi les deux parties rivales à un cessez-le feu pour ne pas remettre en question les accords de paix qui ont mis un terme à la guerre civile en 2005. « Il n’y a pas de solution militaire », a-t-il déclaré à la radio publique américaine à destination de l’étranger, Voice of America (VOA). « Les leaders du Soudan et du Sud-Soudan doivent être à la hauteur de leurs responsabilités. Le gouvernement du Soudan doit prévenir toute nouvelle escalade de ce conflit en cessant immédiatement ses actions militaires, y compris les bombardements aériens, les déplacements forcés de populations et les mesures d’intimidation », a-t-il ajouté. Ce regain de violence pourrait déboucher sur la reprise de la guerre.

Le Sud-Soudan n’est cependant pas seulement en conflit avec Khartoum. Il doit aussi faire face à une insécurité interne grandissante. Près d’une centaine de personnes ont été tuées au cours de la semaine dernière dans des affrontements entre rebelles et voleurs de bétail, ont indiqué mercredi des responsables locaux. Le chef de collectivité de Bahema sud a déploré mercredi dernier la recrudescence de ces troubles depuis le début du mois de mai. Il a découragé déjà certains propriétaires à exercer l’élevage dans son entité. La stabilisation du pays est plus qu’urgente car il pourrait bien sombrer dans le chaos avant même d’accéder officiellement à son indépendance.