Soudan : Abyei à feu et à sang

Abyei, pomme de discorde entre le nord et le sud soudan. La ville pétrolifère, dont la prise de contrôle samedi par l’armée nord soudanaise a fait l’objet de vives critiques par l’ONU, Washington, Londres et Paris est en proie aux incendies et aux pillages. La victoire militaire de l’armée d’Omar El Béchir compromet sérieusement le processus de paix entre les deux pays.

Le chaos. La ville d’Abyei est depuis ce lundi en proie aux flammes et aux pillages. La Mission des Nations unies au Soudan (Unmis) a déclaré dans un communiqué qu’elle « condamne avec vigueur les incendies et pillages qui sont en train d’être perpétrés dans la ville d’Abyei par des éléments armés » et exhorte le gouvernement de Karthoum à prendre ses responsabilités »pour faire cesser ces actes criminels ». L’Unmis réitère ainsi une position prise la veille par le conseil de sécurité des Nations Unies, Washington, Londres et Paris au sujet des nouveaux combats qui ensanglantent cette ville frontalière entre le Nord et le Sud Soudan.

Samedi, les Forces armées du Soudan (SAF), l’armée de Khartoum y a déclenché une offensive éclaire. A coup d’armes lourdes, de chars et de blindés. Un déploiement massif qui a surpris l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), l’Armée sud soudanaise, qui a reculé face aux assaillants. Selon Médecins sans Frontières qui a dû fermer sa clinique sur place, « l’essentiel de la population a fui entre vendredi soir et samedi matin », soit environ « 20 000 » personnes.

Violation des accords de paix

Le conseil de sécurité des Nations Unies a déploré une « sérieuse violation » des accords de paix de 2005 tandis que le ministre de l’information du gouvernement sud-soudanais, Barnaba Marial Benjamin, a qualifié cette offensive d’« invasion illégale qui viole tous les accords de paix et met en danger la vie de milliers de civils ». Abyei est une région riche en pétrole. D’après les accords de paix de janvier 2005 signés à Nairobi, le statut administratif de ce territoire, âprement disputé entre le nord musulman et arabe et le sud chrétien et noir doit être défini par référendum. Si les populations dinka qui y résident de manière permanente sont logiquement invitées à choisir de se rallier au nord ou au sud Soudan, le statut d’électeurs des Misseriya, population nomade qui vient dans la province d’Abyei de manière saisonnière pose problème.

D’autre part, les deux gouvernements s’étaient mis d’accord en début de mois pour retirer en l’espace d’une semaine leurs troupes respectives de la ville d’Abyei à compter du 10 mai. Ne devaient y rester présente que la force locale conjointe (police et armée du nord et du sud), suivant l’accord de Kadugli conclu en janvier 2010. Selon l’agence de presse officielle Suna, le président soudanais Omar El-Bechir aurait demandé à ce que l’administration mixte locale, instaurée dans le cadre des accords de paix de 2005 et de 2008 soit dissoute.

« L’attaque de Khartoum était prévisible »

Pourquoi cette offensive militaire ? Pour The canadian press, la prise d’Abyei intervient après l’attaque d’un convoi soudanais par les forces sud-soudanaises. Pour le gouvernement d’Omar El Bechir, l’armée sudiste chercherait à renforcer sa présence dans la région au mépris des accords de 2005 et de2008. Le ministre d’Etat à la présidence, Amin Hassan Omer, a déclaré que « nous ne permettrons à personne d’essayer de décider unilatéralement du sort d’Abyei […]. Nous sommes un gouvernement responsable, nous ne laisserons aucune partie du territoire soudanais dans le vide sécuritaire ».

Cependant, Rachid Saïd, un journaliste soudanais basé à Paris estime que « l’attaque de Khartoum était prévisible et son objectif vise à se mettre en position de force dans les négociations qui viennent de s’ouvrir en Ethiopie sur Abyei .Le Sud-Soudan n’a pas les moyens aujourd’hui de récupérer Abyei par la force ».

Dirigé par Salva Kiir, un ancien dirigeant rebelle, le Sud-Soudan doit devenir un État indépendant le 9 juillet prochain.