Le sondage sur la sexualité en France… commenté par les Africains

L’enquête intitulée « Contexte de sexualité en France » est pleine d’enseignements. On y apprend notamment que les femmes ont leur première relation sexuelle plus jeunes et qu’elles ont plus de partenaires au cours de leur vie. Afrik a recueilli des réactions d’Africains vivant en France et de Français d’origine africaine.

Avec Safi Fele

La sexualité des Françaises se rapprocherait-elle de celle de leurs compatriotes mâles ? Il semblerait bien, selon l’enquête « Contexte de sexualité en France », destinée à prévenir les comportements sexuels à risque. De nombreux médias de l’Hexagone se sont fait l’écho de ce sondage, réalisé en 2005 sur 12 364 personnes âgées entre 18 et 69 ans. Il faut dire que l’étude, la troisième du genre dans le pays, après celles de 1970 et 1992, révèle que, chez les 18-19 ans, les femmes ont leur première relation sexuelle à 17,6 ans, contre 17,2 pour les hommes. On apprend aussi que les Françaises ont en moyenne 4,4 hommes dans leur vie, alors que les Français en comptent 11,6. Les femmes de 2006 ont ainsi deux fois plus de partenaires que celles de 1970, tandis que les hommes de 2006 en ont légèrement moins que ceux de cette même année. D’autre part, les personnes ayant un partenaire ont déclaré avoir en moyenne 8,7 rapports par mois. Afrik a cherché à savoir ce que les Africains vivant en France et les Français d’origine africaine pensent de ce sondage. Morceaux choisis.

 Jeanne, 47 ans, sénégalaise au chômage

« La liberté sexuelle féminine est une bonne chose. J’ai eu mon premier rapport à 19 ans, et depuis j’ai eu moins de 10 partenaires. Personnellement, je ne fais l’amour que tous les 2 à 3 mois car mon compagnon vit dans les Emirats. Mais je m’épanouis dans le sexe. Je ne fais pas ça tout le temps, mais chaque fois que j’en ai l’occasion, je me rattrape ! »

 Yanis, 22 ans, étudiant français d’origine algérienne

« Je trouve que l’idée du sondage est bonne. Ça fait du bien. Il apporte un peu de légèreté dans le débat sur la présidentielle, où l’on voit les sondages sur tel ou tel candidat. En plus, il s’agit d’une réalité dont on parle peu, donc c’est original et important. Pour ce qui est des femmes qui ont plus de partenaires qu’avant, on est au 21e siècle ! Il faut arrêter avec les préjugés. Les femmes sont de plus en plus l’égal des hommes, et cela se retrouve forcément dans la sexualité. Cependant, je doute que les hommes aient plus de partenaires dans leur vie que les femmes : je trouve que, pour elles, c’est plus facile de trouver un homme ! Mais si ce que le sondage dit est la réalité, alors tant mieux pour nous ! Cela veux dire que quand on arrive à avoir une fille, il y a peu d’hommes qui sont passés avant nous ! »

 Nicole, 43 ans, responsable associative camerounaise

« Je ne vois pas l’intérêt de faire un tel sondage car il nous montre ce que nous savons déjà. Au cours de nos actions de sensibilisation dans les collèges et lycées, on voit que presque toutes les filles de 15 ans ne sont plus vierges. Que les femmes aient plus de partenaires vient du fait qu’elles ont confondu liberté et libertinage. Quand on parle de droit des femmes, on parle d’abord de la vie sexuelle, de l’intime. Le travail vient en deuxième. Les femmes d’aujourd’hui draguent, osent plus de choses par rapport au sexe, sont plus expressives et se déculpabilisent. »

 Séraphine, 45 ans, béninoise

« Les femmes qui ont eu plusieurs partenaires me font pitié. Moi, j’ai eu mon premier rapport à 21 ans, et en tout je n’ai eu que deux partenaires. Un avant le mariage et mon ex mari. Aujourd’hui, il y a un homme dans ma vie, mais je ne fais pas l’amour avant l’engagement. Je suis une chrétienne (protestante) pratiquante. Mon père a eu des problèmes avec mes soeurs ainées mais, pour moi, il a été un confident. Lorsqu’un homme me draguait je lui en parlais et il me conseillait. Malheureusement, aujourd’hui, les parents laissent leurs enfants aller trouver des confidents à l’extérieur… »

 Leïla, 26 ans, journaliste française d’origine marocaine

« Je ne vois pas ce que ce sondage pourrait changer, si ce n’est peut-être encourager les jeunes à avoir des rapports plus tôt. Cette étude peut créer un effet de mode, une tendance… Le chiffre de quatre partenaires pour les femmes au cours des leur vie me – semble tout à fait plausible. L’idéal serait un ou deux mais de nos jours les gens sont plus volages (rires) ! Là où je suis surprise, c’est pour l’âge auquel les femmes ont leur premier rapport. J’étais vraiment persuadée qu’elles étaient plus précoces que les hommes, étant donné que, dès le collège, les filles veulent déjà faire plus femmes, plus mûres. »

 Black Boo, 29 ans, ingénieur du son congolais (République démocratique)

« Ce sondage est une bonne chose car c’est intéressant de savoir comment évolue la mentalité des gens d’ici. Selon moi, la tendance des filles à avoir plus de partenaires ne va bien qu’aux Blanches car cela passe bien dans cette société. Par contre, de plus en plus de filles blacks font comme les Françaises de souche mais, pour elles, les conséquences sont beaucoup plus désastreuses. Les hommes Africains n’accepteront jamais qu’une femme ait plusieurs partenaires. Ce n’est pas dans notre monde, notre culture. »

 Nafassa, 25 ans, auxiliaire de vie comorienne

« Les femmes qui ont plusieurs partenaires sont sales. Moi, jai eu mon premier rapport à 19 ans et je n’ai eu que deux partenaires dans ma vie. Celui qui m’a deviergée et mon époux. »

 Anaïs, 26 ans, journaliste française d’origine congolaise (Brazzaville)

« C’est vraiment bien d’avoir fait un tel sondage dans le but de prévenir les comportements sexuels à risque. Car les jeunes, par rapport au sida, ont lâché l’affaire avec le préservatif. La tendance est que, comme il y a la trithérapie, ils se disent qu’un traitement existe : ils ne comprennent pas que la maladie est toujours là. Quant aux femmes qui ont plus de partenaires, c’est l’époque qui veut ça : les femmes sont plus indépendantes, elles s’assument plus… Par contre, je suis choquée de voir que les filles ont des rapports plus tôt. Mais c’est peut-être une question d’éducation. On devrait parler aux filles, leur dire que ça ne sert à rien de se presser. Arrivées à 17-18 ans, des amies n’avaient qu’une seule idée en tête : perdre leur virginité, pour être « normales ». C’est dommage ! Il faut attendre d’être prêt, d’en avoir vraiment envie, peut importe si ça arrive à 20 ou 30 ans. »