
Dans les ruelles colorées de Bo-Kaap, au pied de la montagne de la Table, flotte un arôme qui raconte trois siècles d’histoire. C’est celui du poulet Cape Malay, plat iconique de la cuisine sud-africaine. Ce curry parfumé, né de la résilience d’une communauté issue de l’exil, incarne l’âme métissée du Cap de Bonne-Espérance et la richesse de la culture culinaire de l’Afrique du Sud.
Une cuisine née de l’exil et du métissage
L’histoire du curry Cape Malay remonte au XVIIe siècle, quand la Compagnie néerlandaise des Indes orientales amène au Cap des esclaves et des prisonniers politiques venus d’Indonésie, de Malaisie, d’Inde et de Madagascar. Arrachés à leurs terres, ces hommes et ces femmes apportent avec eux leur mémoire gustative et un trésor immatériel : les épices de l’Orient.
Privés de tout, ils recréent dans leurs modestes cuisines les saveurs de leurs origines. Ainsi naît la cuisine Cape Malay, métissée et aujourd’hui symbole d’une identité préservée à travers les siècles. Les façades vives de Bo-Kaap et le parfum de curry qui s’en échappe perpétuent cette mémoire vivante.
La magie des épices : l’ADN du poulet Cape Malay
Ce qui distingue le poulet Cape Malay des autres currys, c’est l’alchimie de ses épices. Le mélange typique associe curcuma, cumin, coriandre, cannelle, cardamome, gingembre et clou de girofle, parfois relevé de fenouil ou d’anis étoilé. Ces arômes chauds s’entrelacent dans une symphonie olfactive qui raconte les routes des épices reliant l’Asie à l’Afrique.
Autre particularité du plat : son équilibre sucré-salé, signature de la cuisine Cape Malay. Les abricots secs, raisins de Smyrne ou le chutney de mangue viennent adoucir la force des épices, offrant une expérience gustative riche et nuancée. C’est cette dualité, entre douceur et intensité, qui fascine le palais et fait du poulet Cape Malay une recette incontournable de la gastronomie sud-africaine.
La recette traditionnelle du poulet Cape Malay
La préparation de ce plat emblématique est un véritable rituel familial. Tout commence par la confection d’une pâte d’épices, les graines étant grillées puis broyées au mortier pour libérer leurs huiles aromatiques. L’oignon, doré lentement dans l’huile, sert de base au curry. On y ajoute ensuite la pâte d’épices, le poulet découpé, avec peau et os pour plus de saveur, puis un peu de bouillon.
Le tout mijote longuement à feu doux, parfois plusieurs heures, jusqu’à ce que la viande soit fondante et la sauce épaisse. Certains ajoutent des pommes de terre, d’autres des amandes effilées ou du lait de coco. Le plat se savoure traditionnellement avec un riz jaune au curcuma et aux raisins secs, parfait pour absorber la sauce parfumée.
Aujourd’hui, les restaurants du Cap et les chefs sud-africains contemporains la remettent à l’honneur, en la modernisant sans trahir son essence. Le poulet Cape Malay est aujourd’hui le plat emblématique du Cap.




