JO d’hiver 2026 : Canal+ au cœur de la polémique alors que l’Afrique du Sud dénonce un « blackout » sur DStv et SuperSport


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Milano Cortina 2026
Milano Cortina 2026

Du 6 au 22 février 2026, les Jeux olympiques d’hiver se déroulent à Milano-Cortina, en Italie. Mais pour des millions de téléspectateurs africains, l’événement reste largement invisible. Nulle part cette fracture n’apparaît plus crûment qu’en Afrique du Sud, où l’absence totale de couverture sur DStv et SuperSport déclenche une tempête médiatique et politique. Avec, en toile de fond, le rachat controversé de MultiChoice par Canal+.

L’Afrique du Sud privée d’images : un « blackout » olympique qui fait polémique

La colère monte chez les abonnés sud-africains de DStv. Pour la première fois depuis des années, SuperSport, la référence sportive du pays, ne diffuse pas les Jeux olympiques d’hiver. Ni directs, ni résumés, ni highlights. Pas une seule image.

Selon plusieurs médias locaux, MultiChoice n’aurait pas sécurisé les droits de diffusion pour Milano-Cortina 2026, invoquant des coûts jugés prohibitifs et des priorités éditoriales recentrées. Une explication qui passe mal, surtout que l’Afrique du Sud envoie cette année une délégation hivernale plus étoffée que par le passé, suscitant un réel intérêt du public.

Pour beaucoup d’observateurs, ce « blackout » olympique intervient au pire moment : juste après la prise de contrôle de MultiChoice par Canal+. Le géant français du pay-TV a bouclé le rachat en 2025, devenant ainsi le maître du marché audiovisuel dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne.

Le CIO réagit : un accès gratuit aux performances sud-africaines

Face à la polémique grandissante, le Comité international olympique (CIO) a décidé d’intervenir. Dans un geste sans précédent, l’instance olympique a annoncé qu’elle offrirait gratuitement la diffusion des épreuves concernant les athlètes sud-africains, permettant ainsi à la population locale de suivre ses représentants nationaux sur le site officiel de l’évenement Olympique.

Cette décision, saluée par les médias locaux et les organisations sportives, constitue une solution d’urgence mais souligne aussi l’ampleur du problème : rarement le CIO avait dû contourner ainsi l’absence d’un diffuseur national pour garantir l’accès du public à « ses » athlètes. Un aveu indirect que le système traditionnel de distribution des droits montre ses limites. En Afrique aujourd’hui, mais demain sûrement dans les pays occidentaux avec l’inflation des droits.

Canal+ et MultiChoice : un mariage sous haute surveillance

Le rachat a été encadré par des garanties strictes imposées par les autorités sud-africaines : engagements sur l’emploi local, soutien à la production de contenus africains, et respect des règles sur la détention étrangère des licences de diffusion. Canal+ a également dû accepter un « paquet » de mesures d’intérêt public pour obtenir le feu vert.

Mais dans l’opinion publique, l’affaire des JO d’hiver ravive les craintes :

  • Rationalisation budgétaire : la suppression de droits sportifs jugés « non rentables » au profit d’une logique de synergies financières ;
  • Concentration du marché : Canal+ devient le diffuseur quasi-monopolistique dans plusieurs pays africains, soulevant des questions de pluralisme médiatique ;
  • Dégradation de l’offre SuperSport : les abonnés premium estiment ne plus en avoir pour leur argent.

Des organisations de défense de la liberté de la presse ont déjà alerté sur les risques d’une trop forte concentration médiatique dans un écosystème déjà dominé par une poignée d’acteurs.

Une distribution olympique « à géométrie variable » sur tout le continent

L’Afrique du Sud n’est pas un cas isolé. Partout sur le continent, l’accès aux JO d’hiver varie considérablement : quelques fenêtres en clair ici, des résumés ailleurs, un silence radio dans de nombreux pays.

Historiquement, la visibilité olympique en Afrique reposait sur des montages complexes : droits payants, sous-licences, diffusion gratuite via des chaînes partenaires. Mais depuis 2024, le Comité international olympique (CIO) a relancé ses appels d’offres, bouleversant les équilibres établis. Les diffuseurs africains doivent désormais arbitrer entre sports premium (football, rugby) et « événements vitrine » comme les JO.

Résultat : en 2026, l’accès dépend davantage que jamais de la capacité financière des opérateurs nationaux et de leurs choix stratégiques. Une situation particulièrement délicate dans les pays où la consommation sportive passe quasi exclusivement par un acteur dominant du pay-TV.

Au-delà du sport : souveraineté culturelle et pouvoir d’achat

Cette controverse pose une question cruciale pour les publics africains : qui doit payer pour les grands événements mondiaux, et à quel prix ?

Si l’accès aux JO dépend uniquement d’abonnements payants de plus en plus chers, une partie du public se détourne ou bascule vers le piratage. Si la diffusion passe par le gratuit, il faut trouver des modèles de financement viables, dans un contexte où les budgets publicitaires restent limités et la monétisation incertaine.

L’initiative du CIO en Afrique du Sud pourrait ouvrir une nouvelle voie : celle d’une intervention directe des organisations sportives internationales pour garantir l’accès universel aux compétitions, court-circuitant ainsi les diffuseurs traditionnels lorsque ceux-ci font défaut. Un modèle qui pourrait inspirer d’autres fédérations et ligues confrontées aux mêmes enjeux de visibilité sur le continent.

Dans ce contexte, Canal+ doit prouver qu’il peut construire un champion africain capable de rivaliser avec les plateformes mondiales (Netflix, Amazon, YouTube), tout en maintenant une offre sportive premium qui justifie des tarifs élevés. Un équilibre difficile, alors que MultiChoice perd des abonnés sous la double pression du streaming et de l’érosion du pouvoir d’achat.

Kofi Ndale
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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