Le polar s’encre en Afrique (1ère partie) : sueurs froides à Dakar

La littérature policière, qui a longtemps été considérée comme un genre mineur, a peu à peu gagné ses lettres de noblesse. Les maisons d’édition françaises développent depuis une vingtaine d’années des collections policières et, fait récent et notable, s’ouvrent aux polars étrangers.

Les écrivains africains peuvent ainsi prouver aux amateurs de séries noires qu’ils n’ont rien à envier à leurs homologues occidentaux. Car même si les circuits d’édition et de distribution sont encore restreints en Afrique, le continent a donné naissance à une littérature  » noire « , dont il faut absolument prendre conscience.

Le premier festival  » Polar à Dakar « , qui a eu lieu en février dernier, a montré, s’il en était besoin, la vitalité du genre en Afrique noire et l’écho très positif qu’il rencontre auprès du public africain. De grandes figures du policier à l’africaine commencent à émerger. Ainsi le sénégalais Abasse Ndione, considéré comme le chef de file du roman noir dans son pays, et Yasmina Khadra qui ancre ses récits dans la noirceur de son pays en guerre, l’Algérie.

Avec ses villes tentaculaires, ses dictatures et ses coups d’état, ses mascarades électorales et ses faits divers sanglants, l’Afrique offre tous les ingrédients du roman policier. Si le roman noir a tout pour s’épanouir en terre africaine, c’est à nous, lecteurs, d’être à l’écoute. En espérant que ce dossier spécial en fasse saliver plus d’un.

Sueurs froides au Sénégal

Le festival  » Polar à Dakar « , le premier du genre en Afrique, a attiré les fans de romans noirs de la capitale sénégalaise du 20 au 26 février 2000. Retour sur une initiative réussie, à qui l’on souhaite de faire des petits…

Le Centre culturel français de Dakar a accueilli en février dernier des auteurs de romans noirs dans le cadre d’un festival,  » Polar à Dakar « . Le conseiller artistique du festival, Lucio Mad, lui-même auteur de romans policiers, avait bien fait les choses. Entraînant dans son sillage des personnalités françaises comme Thierry Crifo – scénariste né à Tunis et auteur de La Balade de Kouski, Série Noire / Gallimard, 1998 – et le réalisateur Léos Carax, il a surtout permis à des auteurs sénégalais de rencontrer leur public.

Polar à l’africaine

Parmi eux, Abasse Ndione – La vie en spirale, édité aux Nouvelles Editions Africaines (NEA) en deux tomes en 1982 et 1987, puis repris dans la Série Noire de Gallimard en 1998 -, Iba Dia – Fureur noire à Kango, Les Nuits rouges de Dakar, NEA – et Assa Guèye – No woman no cry, L’harmattan / Polars noirs, Negerkuss, échecs et meurtres, NEA.

Le festival a été marqué par plusieurs temps forts. Un cycle de conférences a suscité débats et questions pertinentes, avec au programme :  » 50 ans de romans policiers « ,  » Le polar : un genre pour l’Afrique ? « ,  » Polar, littérature et cinéma : influences réciproques « . Des projections cinématographiques autour du thème ont également été organisées, avec Le Magnifique de Philippe de Broca ou encore Série noire d’Alain Corneau. Enfin, l’atelier d’écriture organisé par Lucio Mad a attiré des jeunes dakarois et dakaroises de 20 à 30 ans. Douze nouvelles, inspirées de faits divers relevés dans la presse locale, ont été rédigées au terme de l’atelier.

Commander le livre : La vie en Spirale.

Le polar s’encre en Afrique (2) : meurtres, cannabis et p’tites pépées

Le polar s’encre en Afrique (3) : Algérie, des romans très très noirs

Le polar s’encre en Afrique (4) : Maghreb connexion