Le gaz algérien face à la libéralisation européenne

L’ouverture à la concurrence du marché gazier européen inquiète l’Algérie qui réalise plus de 90% de ses exportations avec les pays de l’Union. La nouvelle donne menace les politiques de développement du secteur à moyen et long terme.

Chakib Khelil, ministre de l’Energie et des mines algérien, présent aux débats du troisième symposium de l’Association de l’industrie du gaz (AIG) qui s’achève ce jeudi à Alger, n’a pas caché son inquiétude face la libéralisation du marché gazier européen. Le pays qui réalise 90% des ses importations au sein de l’Union se voit confronté à un nouvel environnement qui fragilise les projets de développement de la filière à moyen et long terme.

Cinquième producteur mondial, l’Algérie réalise avec le gaz 30% des ses recettes en devise. Le précieux hydrocarbure est l’un des principaux moteurs économiques du pays. La stabilité des revenus, assurée jusque là par des accords exclusifs avec les différents importateurs, est remise en question par  » la directive gaz  » adoptée en juin 1998 par le conseil des ministres de l’Union Européenne. Le nouveau cadre législatif, applicable depuis août 2000, institue la libre concurrence pour les Quinze en matière de transport et de fourniture de gaz naturel.

Gagner moins en vendant plus

La guerre de prix qui s’annonce à court terme pour maintenir ou gagner des parts de marché mondial des pays producteurs conduirait selon Sadek Boussena, prédécesseur de M Khelil et directeur de la Sonatrach (groupe pétrolier national)  » à gagner moins en vendant plus « . Une situation clairement au désavantage des garants de l’offre. M Khelil insiste davantage quant à lui, avec la multiplicité potentielle des fournisseurs, sur la sécurité dans l’approvisionnement des marchés européens. Le ministre évoque par ailleurs  » l’impérieuse nécessité d’une coopération régionale  » qui soit mutuellement bénéfique à chacun. Un discours dont il se fera sans aucun doute l’apôtre dès demain au Forum des organisations exportatrices de gaz à Alger (1, 2 et 3 février 2002 à l’hôtel Sheraton).

Pour autant l’Algérie n’a pas mis en berne les projets de développement et d’amélioration de ses infrastructures d’exportation. A côté de l’augmentation des capacités de ses gazoducs et de ses méthaniers, le pays va se doter d’une nouvelle unité de liquéfaction. Deux gazoducs sous marins sont actuellement à l’étude. Pour mieux faire face à la concurrence dans un secteur qui lui est clé, l’Etat a créé avec la Sonatrach et la Sonelgaz une joint-venture d’énergie, l’Algerian energy company, pour maximiser ses exportations de gaz et d’électricité. Aux 62 milliards de m3 de gaz exportés en 2001 (pour un montant de 5,5 milliards de dollars), les objectifs affichés visent les 85 milliards de m3 avant 2005.