Le forum de sécurité de Moscou face aux défis concrets de la présence russe en Afrique


Lecture 4 min.
Illustration sommet Russie Afrique à Moscou
Illustration sommet Russie Afrique à Moscou

Le premier Forum international sur la sécurité, organisé à Moscou du 26 au 29 mai 2026, dépasse largement le cadre d’une simple rencontre diplomatique. Le Kremlin entend afficher que sa capacité à convoquer des délégations internationales demeure intacte, notamment parmi les États africains.

Une stratégie assumée

La Russie poursuit l’objectif clair de démontrer qu’elle peut organiser des rassemblements diplomatiques malgré son isolement international depuis l’invasion de l’Ukraine. Ainsi, Moscou veut se présenter comme un partenaire de sécurité pour les États africains en quête d’alternatives à l’Occident. L’événement répond aussi à la volonté de promouvoir un discours multipolaire, critique de l’ordre international dominé par les puissances occidentales. Il s’agit d’intégrer sécurité, économie et technologie dans une même offre politique, en invitant des représentants du secteur nucléaire, spatial et militaire russe.

Moscou utilise ainsi le forum comme levier d’influence plus large, capable de toucher simultanément gouvernements, appareils de défense et opinions publiques.

Au cœur du forum : un récit anti-occidental

Le programme s’articule autour de critiques systématiques envers l’Occident : dénonciation du néocolonialisme, accusation de désinformation, mise en cause du rôle des ONG occidentales dans la déstabilisation. Ce discours vise à construire l’idée que la Russie défend la souveraineté des États africains face aux ingérences extérieures.

Moscou ne s’en tient pas au seul niveau diplomatique. Elle mobilise médias, relais locaux et figures d’influence pour amplifier ce message. Cette stratégie donne au positionnement russe une teinte plus régionale, plus enracinée. Elle permet surtout au Kremlin de se présenter non comme une puissance imposant un agenda, mais comme un partenaire du continent.

Une implantation sur le continent africain compromise par l’affaiblissement de la Russie

Après la mort de Prigojine et la dissolution de Wagner, Moscou a restructuré sa présence militaire et informationnelle autour de deux structures : l’Africa Corps pour la défense, l’African Initiative pour l’influence médiatique. L’objectif affiché est d’enraciner durablement l’influence russe en Afrique, en remplaçant les opérations clandestines de Wagner par un cadre institutionnel.

Or l’Africa Corps hérite d’un lourd passif. Des accusations d’exactions et d’exploitation économique le suivent dans plusieurs pays du continent. Bien que Moscou revendique une structure plus rigoureuse et d’État, les méthodes et les enjeux demeurent proches de ceux de son prédécesseur.

Face aux revers accumulés des structures militaires russes, ses partenaires africains se trouvent confrontés à des défaillances croissantes de leurs systèmes de sécurité.

Au Mali, l’Africa Corps a repris le contrôle des opérations antiterroristes après le départ de Wagner. Les résultats déçoivent. Depuis 2024, la situation sécuritaire s’est détériorée avec la progression des groupes djihadistes, déficits logistiques, affaiblissement de l’appui russe. Bamako regarde désormais vers d’autres partenaires, Chine, Turquie notamment. Les offensives conjointes du GSIM et du FLA du 25 avril dernier ont marqué un tournant et la reprise de Kidal s’est déroulée après le retrait négocié de l’Africa Corps.

Au Burkina Faso, depuis janvier 2024, l’insécurité progresse. Les groupes armés gagnent du terrain vers la capitale. Deux facteurs expliquent cette dégradation : l’insuffisance des effectifs russes sur place et les pertes importantes des forces burkinabés. Ouagadougou, pris entre crise sécuritaire et difficultés économiques, diversifie ses soutiens militaires, cette fois ce sont les Émirats arabes unis, déjà fortement présent dans la région, qui deviennent un interlocuteur de premier plan pour le matériel défensif.

En Centrafrique enfin, Moscou s’efforce de conclure un accord de défense qui remplacerait Wagner par l’Africa Corps. Bangui reste réservée. Le président Touadéra craint une perte de marge de manœuvre politique. Parallèlement, la capitale centrafricaine resseerre ses liens avec d’autres partenaires, dont Abu Dhabi.

Un bilan qui interroge la pérennité de l’engagement

Malgré ses ambitions affichées, la Russie peine à traduire son influence en résultats tangibles en Afrique. Ses promesses en matière de sécurité, d’économie ou de diplomatie se heurtent à des réalités qui les démentent. Son action se réduit souvent à une démarche de communication et d’influence, plutôt qu’à une réelle capacité à répondre aux besoins sécuritaires du continent.

Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News