Mali : pourquoi une frappe américaine contre le JNIM embarrasserait Moscou


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Mali : Washington envisage-t-il une intervention contre le JNIM ?
Dans un Sahel toujours plus instable, l’hypothèse d’une opération américaine au Mali gagne en visibilité, sur fond de surveillance aérienne, de menace djihadiste et de repositionnement stratégique de Washington.

L’administration Trump examine des options militaires contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, principale force djihadiste du Sahel. Rien n’est encore décidé. Mais toute intervention américaine se heurterait à un obstacle de taille : la Russie, dont les hommes épaulent déjà l’armée malienne et pour qui l’arrivée de Washington sonnerait comme un désaveu.

L’hypothèse d’une opération américaine au Mali a quitté le terrain de la rumeur sans pour autant devenir une décision. Le 22 juillet, le Washington Post rapportait que des responsables américains, en poste ou récemment partis, confirmaient l’existence de délibérations à la Maison-Blanche et au Pentagone visant le JNIM, l’organisation affiliée à Al-Qaïda dirigée par Iyad Ag Ghali. Les options discutées iraient des frappes aériennes aux opérations spéciales, en passant par un renforcement du soutien au renseignement fourni aux autorités maliennes.

Un arbitrage encore ouvert à Washington

La Maison-Blanche n’a ni confirmé ni démenti l’existence de préparatifs. Si la décision était prise, le Mali deviendrait le huitième pays où les États-Unis emploient la force militaire depuis le début du second mandat de Donald Trump.

Les responsables américains resteraient partagés sur l’opportunité de franchir le seuil d’une intervention directe. Une réponse offensive trouve des partisans au sein de l’appareil sécuritaire, mais la prudence domine encore le discours officiel. La Maison-Blanche s’est bornée à indiquer qu’elle continuait d’évaluer les besoins du Mali. Elle a surtout appelé les gouvernements d’Afrique du Nord et de l’Ouest à acheter des armes et des services américains pour combattre le terrorisme.

Rien n’indique donc une campagne imminente. Une intervention terrestre paraît de toute façon hautement improbable et le scénario le plus crédible reste une montée en puissance graduelle. Cela passerait par une surveillance aérienne, un partage de renseignement avec  appui à la désignation des cibles, puis d’éventuelles frappes ponctuelles de drones. La frontière entre renseignement et intervention demeure toutefois ténue car localiser un chef djihadiste ou suivre un convoi peut conduire, en quelques heures, à une frappe.

Le camouflet russe

Depuis la fin 2021, la Russie s’est imposée comme le principal partenaire militaire de Bamako, à travers son Africa Corps déployé aux côtés des Forces armées maliennes. Une intervention américaine reviendrait à planter le drapeau de Washington sur un théâtre que Moscou considère désormais comme sa chasse gardée.

La junte a bâti une large part de son récit sur le départ des forces françaises et de la mission onusienne, remplacées par le partenaire russe. Reconnaître que ce partenaire ne suffit pas et laisser entrer les Américains fragiliserait ce discours. Or les résultats d’Africa Corps interrogent car le 26 avril 2026, la ville stratégique de Kidal est tombée aux mains des assaillants et le ministre de la Défense Sadio Camara, architecte du rapprochement avec Moscou, a été tué dans un attentat. Des experts estiment que cet échec a fragilisé le partenariat opaque noué entre la junte et la Russie.

Moscou n’a pas ménagé ses efforts depuis pour tenter d’améliorer les choses. Début juillet, à Niono, les forces d’Africa Corps ont repoussé une tentative d’incursion du JNIM vers le sud, présentée par la partie russe comme un premier test grandeur nature. Voir Washington s’inviter malgré tout serait un désaveu difficile à encaisser pour le Kremlin, à trois mois d’un sommet Russie-Afrique prévu fin octobre.

Un otage et des drones

Le projet américain s’inscrit dans un rapprochement plus ancien. Dès le mois de mars, des négociations sont signalées entre Washington et Bamako sur une reprise des vols de surveillance. La Côte d’Ivoire et le Ghana ont été évoqués comme points d’appui, les États-Unis ayant perdu leur principale base régionale après leur retrait d’Agadez, au Niger.

Un objectif immédiat guide cette coopération. En effet, Washington veut retrouver Kevin Rideout. Ce pilote missionnaire américain de l’organisation Serving in Mission a été enlevé par trois hommes armés le 21 octobre 2025 à Niamey, à quelques rues du palais présidentiel. Son téléphone avait été localisé dans la région de Tillabéri, près de la frontière malienne. Les analystes attribuent plutôt son enlèvement à l’État islamique au Sahel qu’au JNIM, ce qui complique la lecture d’une opération centrée sur le seul groupe d’Iyad Ag Ghali.

Le renseignement aérien constitue le volet le plus avancé du dossier. Il pourrait rester cantonné à la surveillance. Mais toute bascule dépendra d’un accord avec Bamako et de l’évolution du rapport de force sur le terrain.

Une équation à hauts risques

Même limitée, une opération américaine comporterait de lourds dangers. La présence de militaires russes imposerait des mécanismes de coordination pour éviter tout incident direct entre les deux puissances. Enfin, des frappes mal préparées nourriraient la propagande djihadiste et faciliteraient le recrutement et à l’opposé un affaiblissement du JNIM pourrait aussi profiter à son rival de l’État islamique.

Le précédent français rappelle que la supériorité aérienne et l’élimination des chefs ne suffisent pas à reprendre durablement un territoire. Sans forces locales solides, sans administration ni justice, les groupes armés se dispersent avant de se reconstituer ailleurs.

À ce stade, une opération américaine au Mali est donc sérieusement étudiée, mais loin d’être décidée et imminente. La reprise des vols de renseignement paraît bien plus probable à court terme qu’une campagne de frappes. La suite dépendra de l’accord de Bamako, de la trajectoire du JNIM et de l’arbitrage de Donald Trump. Sans parler de la réaction du Kremlin. Cela fait encore de nombreuses inconnues.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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