Fusillade meurtrière à la frontière : que s’est-il passé entre les deux Congo ?


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Le Fleuve Congo
Le Fleuve Congo

Une fusillade a opposé jeudi des éléments des forces de sécurité de la République du Congo et de la République Démocratique du Congo sur le fleuve Congo, entre Makotimpoko et Yumbi. Les autorités des deux pays ont confirmé l’incident et fait état de morts, sans communiquer de bilan précis ni établir publiquement les circonstances exactes de l’affrontement.

L’incident entre les forces armées du Congo-Brazzaville et celles de la République Démocratique du Congo s’est produit dans une zone frontalière traversée par le fleuve Congo. D’après des témoignages recueillis par RFI, des militaires congolais effectuant une patrouille fluviale de routine ont rencontré des éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), déclenchant une fusillade. Les causes précises de l’échange de tirs n’étaient pas établies au moment des premières communications officielles.

 

Des victimes, mais aucun bilan officiel précis

La zone concernée se situe entre Makotimpoko, dans le département de la Nkéni-Alima au Congo-Brazzaville, et Yumbi, dans la province du Maï-Ndombe en RDC. Des informations publiées le 27 août faisaient également état de l’interpellation par les forces navales de la RDC de deux militaires congolais, un marin et un gendarme, conduits à Yumbi. D’autres sources évoquaient des disparus, mais aucun bilan commun n’avait été établi par les deux États.

La ministre d’État chargée des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner, a qualifié l’incident de regrettable et confirmé l’existence de pertes en vies humaines. Le nombre de militaires tués ou blessés n’a toutefois pas été précisé dans les déclarations rapportées. Les autorités des deux pays ont appelé à la retenue pendant que les circonstances de l’incident doivent être clarifiées.

Makotimpoko et Yumbi, une zone déjà marquée par les violences

Des sources congolaises rapportent qu’un élément d’une patrouille aurait utilisé son arme, provoquant un mouvement de panique parmi des riverains, lesquels auraient sollicité l’intervention des militaires de Yumbi. Ces mêmes sources mentionnent deux militaires capturés et trois personnes portées disparues, tandis qu’un adolescent de 15 ans aurait été tué côté RDC. Ces éléments n’ont pas été intégrés à un bilan officiel commun des deux pays.

La proximité entre Makotimpoko et Yumbi donne à cet incident un contexte particulier. En décembre 2018, Yumbi et plusieurs localités voisines de la province du Maï-Ndombe avaient été le théâtre de violences intercommunautaires meurtrières entre les communautés Banunu et Batende. Human Rights Watch avait documenté au moins 170 morts lors de l’attaque initiale du 16 décembre, tout en estimant que le bilan global des violences était probablement beaucoup plus élevé.

Une frontière fluviale sous surveillance

Ces violences avaient également provoqué des déplacements vers le Congo-Brazzaville. Selon Human Rights Watch, près de 2 100 personnes avaient fui Bongende pour rejoindre le territoire congolais voisin, principalement Makotimpoko. Les événements de 2018 avaient ainsi créé des mouvements de population à travers le fleuve Congo, qui constitue la frontière entre les deux pays. Le nouvel incident intervient dans un secteur où les activités de surveillance et de patrouille s’effectuent sur le fleuve.

Des sources locales ont fait état d’une présence renforcée des forces de sécurité à Makotimpoko après les événements récents. Des autorités congolaises ont également activé un poste de commandement tactique et renforcé les moyens de renseignement et de reconnaissance dans la zone, selon des informations publiées jeudi. Pour le Congo-Brazzaville, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères classe notamment certaines zones frontalières avec la RDC parmi les secteurs présentant un risque d’insécurité lié à la porosité des frontières et aux trafics.

Kinshasa et Brazzaville appellent au calme

Les deux capitales, Kinshasa et Brazzaville, sont séparées par le fleuve Congo sur une courte distance et constituent l’un des principaux ensembles urbains transfrontaliers d’Afrique. Les autorités congolaises et celles de la RDC entretiennent des échanges réguliers sur les questions sécuritaires et frontalières.

Après la fusillade, les autorités des deux pays ont privilégié les échanges entre responsables civils et militaires. La ministre Thérèse Kayikwamba Wagner a indiqué que les ministres de la Défense des deux États étaient en contact au sujet de l’incident. Les circonstances exactes de l’affrontement, son déclenchement et son bilan humain restent à établir officiellement.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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