
La guerre dans l’Est de la RDC ne se joue plus seulement autour des positions militaires ou des administrations locales. Elle gagne désormais les amphithéâtres. À Goma et Bukavu, Kinshasa et l’AFC/M23 s’affrontent sur le contrôle des universités publiques, au risque de laisser des milliers d’étudiants dans une situation d’incertitude.
Le ministère congolais de l’Enseignement supérieur a ordonné, ce mercredi 26 août, la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des activités académiques et para-académiques de l’année 2026-2027 dans onze établissements publics de Goma et Bukavu, villes sous contrôle de l’AFC/M23. Sont notamment concernés l’Université de Goma, l’Institut supérieur pédagogique de Goma (ISP-Goma), l’Institut supérieur des techniques médicales de Goma (ISTM-Goma) ainsi que plusieurs institutions publiques de Bukavu.
La mesure fait suite à la dénonciation par Kinshasa de nominations effectuées par l’AFC/M23 à la tête de plusieurs établissements. À Kinshasa, ces désignations sont vues comme illégales et portant atteinte à l’autorité de l’État sur des institutions publiques.
L’université devenue terrain d’affrontement
Depuis la prise de Goma et de Bukavu par l’AFC/M23, le mouvement a installé ses propres structures administratives dans les zones qu’il contrôle. Désormais, c’est sur le secteur de l’enseignement supérieur que le groupe rebelle a jeté son dévolu. Dans ce sens, il a procédé, le 7 août, à des nominations de responsables universitaires. Kinshasa a non seulement refusé de les reconnaître, mais a procédé à la suspension des 48 agents concernés en attendant l’aboutissement du processus de leur révocation. Les autorités ont la dent dure contre ces 48 personnes (28 enseignants, 12 chefs de travaux, 3 assistants et 5 autres agents) qu’elles accusent d’avoir fait allégeance à l’AFC/M23.
Les autorités congolaises cherchent à maintenir les institutions universitaires sous leur contrôle alors que l’AFC/M23 cherche à leur ravir ce droit. Or, depuis la prise de Goma et Bukavu, les fonctionnaires du secteur éducatif en service dans les établissements situés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont continué à être payés par l’État. Maintenant que l’AFC/M23 dispute le contrôle de ce secteur à l’État, est-elle prête à s’occuper de toutes les charges qui en découlent ? Au fond, il se pose une grosse interrogation : qui a le pouvoir de diriger une université publique lorsque le territoire où elle se trouve échappe au contrôle de l’État ?
Les étudiants pris entre deux autorités
Sur le terrain, cette bataille institutionnelle n’a rien d’abstrait. Pour les étudiants, l’inquiétude porte d’abord sur leurs cours, leurs examens et la valeur de leurs diplômes. Kinshasa a prévu une porte de sortie : les étudiants concernés pourront rejoindre d’autres établissements, publics ou privés reconnus par l’État congolais, afin de poursuivre leur parcours.
L’AFC/M23, de son côté, annonce vouloir mettre en place un mécanisme permettant la poursuite des études dans les zones qu’il contrôle. Mais plusieurs inconnues demeurent. Par exemple, on se demande bien quelle autorité garantira la reconnaissance des résultats et par conséquent la validité des diplômes qui en découleraient.
Si une chose semble évident, c’est bien le risque réel que cet affrontement entre les deux camps fasse des victimes innocentes dans le rang des étudiants. En dépit des mesures prises par Kinshasa pour permettre aux étudiants concernés de s’orienter vers d’autres universités.
Le fossé entre les négociations et la réalité du terrain
Le bras de fer universitaire a lieu alors même que Kinshasa et l’AFC/M23 viennent d’adopter, après leurs discussions en Suisse du 17 au 21 août, une nouvelle feuille de route destinée à relancer les négociations de paix de Doha. Les deux parties ont notamment convenu d’un mécanisme de suivi de leurs engagements et d’un calendrier pour poursuivre les discussions.
Il y a comme un décalage entre les négociations au plan diplomatique et la réalité du terrain, puisque du point de vue de la diplomatie, et ceci depuis plusieurs mois, les deux camps font semblant de maintenir un canal de négociation ; or sur le terrain, chacun continue de consolider sa propre influence.





