
Le Président angolais, João Lourenço, a effectué une visite éclair à Kinshasa, ce mercredi. Au cœur de cette visite étaient inscrites des questions économiques.
La visite de João Lourenço à Kinshasa n’aura duré que quelques heures, mais elle aura placé un dossier stratégique au premier plan des relations entre l’Angola et la RDC : le corridor de Lobito. Arrivé ce mercredi 26 août, le Président angolais a d’abord eu un entretien privé avec Félix Tshisekedi, avant d’assister à la signature d’un contrat entre le gouvernement congolais et le groupe portugais Mota-Engil. Au cours de leur tête-à-tête, les deux chefs d’État ont notamment échangé sur la nouvelle dynamique de leurs relations bilatérales, désormais largement tournée vers la coopération économique.
Le choix du corridor de Lobito comme l’un des principaux marqueurs de ce rapprochement ne procède pas du hasard. L’axe relie le port angolais de Lobito aux régions minières du sud de la RDC et doit également s’étendre vers la Zambie. La Banque mondiale le présente comme un projet capable de réduire les coûts de transport, de stimuler le commerce et d’attirer des investissements au-delà du seul secteur minier.
Un contrat qui engage la RDC sur le long terme
La cérémonie organisée à Kinshasa porte sur la partie congolaise de cette infrastructure. Le partenariat conclu avec Mota-Engil vise la réhabilitation, la modernisation, l’exploitation et la maintenance du réseau ferroviaire congolais intégré au corridor.
Le projet approuvé par Kinshasa couvre notamment la ligne Dilolo-Kolwezi-Lubumbashi-Sakania, longue d’environ 1 000 kilomètres. Son coût est estimé à 1.258 milliard de dollars. Le gouvernement congolais entend ainsi remettre à niveau une infrastructure vieillissante et améliorer l’évacuation des minerais vers l’Atlantique.
Pour Mota-Engil, le projet s’inscrit dans une concession ferroviaire beaucoup plus large associant transport et logistique. Le groupe indique que le réseau du corridor de Lobito représente environ 1 300 kilomètres et qu’une concession initiale de 30 ans est envisagée pour l’exploitation du corridor.
En toile de fond, la bataille des minerais stratégiques
Cuivre et cobalt donnent au projet une dimension qui dépasse largement les frontières angolaise et congolaise. La RDC possède certaines des ressources les plus importantes au monde dans ces minerais indispensables à de nombreuses industries liées notamment aux batteries et à la transition énergétique. Le corridor de Lobito offre surtout à la RDC une voie vers l’océan Atlantique susceptible de diversifier ses itinéraires d’exportation. De son côté, l’Angola veut faire du port de Lobito une porte d’entrée majeure des échanges avec le cœur minier de l’Afrique centrale.
Mais en réalité, les ambitions vont au-delà du transport des minerais bruts. En avril, la RDC, l’Angola, la Zambie et leurs partenaires internationaux avaient appelé à accélérer ce projet conçu comme un corridor économique intégré, associant transport, énergie, agriculture, industrie et transformation locale. La Banque africaine de développement souligne également que le corridor pourrait favoriser l’agriculture, l’industrie et la création d’emplois, plutôt que de rester une simple voie d’évacuation minière.
Un partenariat angolo-congolais à l’épreuve des résultats
La signature de ce mercredi marque donc une étape importante, mais elle ne constitue pas l’aboutissement du projet. C’est pourquoi tous les regards sont désormais orientés vers la concrétisation de ce projet capital pour toute la région. C’est d’ailleurs ce que n’a pas manqué de souligner Félix Tshisekedi en insistant sur la nécessité de transformer cette infrastructure en levier de compétitivité pour l’économie congolaise. Même son de cloche du côté du dirigeant angolais pour qui le corridor est appelé à consolider la vocation régionale de Lobito et à renforcer la place de l’Angola dans les échanges de l’Afrique australe.
La visite de João Lourenço à Kinshasa aura ainsi envoyé un message d’une clarté limpide : Kinshasa et Luanda veulent désormais faire du corridor de Lobito un outil de rapprochement économique autant qu’un axe de transport.





