
Le dossier des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) reste l’un des principaux points de friction entre Kigali et Kinshasa. Lors d’une conférence de presse tenue ce lundi 24 août à Kigali, Paul Kagame a sévèrement critiqué les initiatives visant à désarmer ce groupe armé. Le dirigeant rwandais pense que ces initiatives ne s’attaquent pas aux causes profondes du problème.
Paul Kagame se prononce pour la première fois sur les actions posées ces dernières semaines par la RDC dans le sens du désarmement des FDLR. L’homme fort de Kigali a déclaré n’avoir, jusqu’ici, vu aucune démarche capable de régler véritablement la question des FDLR. « C’est toujours superficiel », a-t-il affirmé.
Depuis longtemps, Kigali considère la présence des FDLR dans l’est de la RDC comme une menace directe pour sa sécurité. Le mouvement est historiquement issu notamment d’anciens membres des forces et milices impliquées dans le génocide contre les Tutsi de 1994. La question de son désarmement figure d’ailleurs depuis plus de deux décennies dans les différents processus de paix concernant la région. Le Groupe de contact international a rappelé le 13 août que la neutralisation des FDLR devait s’inscrire dans le CONOPS du 31 octobre 2024 et l’accord de Washington du 27 juin 2025.
Kigali veut aller au-delà de la simple reddition
Le gouvernement congolais a récemment annoncé un protocole destiné à organiser la reddition et le désarmement des combattants des FDLR. Mais le Rwanda reste catégorique en soutenant qu’une opération de remise des armes ne suffira pas.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, avait déjà accusé Kinshasa de chercher à gagner du temps et avait estimé que le protocole ne répondait pas aux engagements pris concernant la neutralisation du mouvement.
Cette exigence trouve un écho dans les précédents accords régionaux. Ceux-ci ne se limitaient pas à la récupération des armes car ils prévoyaient aussi l’identification des combattants, leur regroupement, leur désarmement et, pour les ressortissants rwandais, leur rapatriement, avec des mécanismes de vérification.
Mais l’exigence rwandaise se heurte à une difficulté que Kigali évoque beaucoup moins. Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts des Nations unies relevait que l’essentiel des forces des FDLR opérait désormais dans des secteurs contrôlés par l’AFC/M23 et les forces rwandaises, hors de portée des FARDC. Kinshasa s’appuie précisément sur cette réalité pour soutenir qu’il ne peut neutraliser seul des combattants présents dans des territoires qu’il ne contrôle plus. Le désarmement des FDLR devient ainsi indissociable de l’autre volet du processus : le retrait des forces rwandaises et l’évolution du contrôle territorial de l’AFC/M23.
Kagame campe sur sa position
La question des FDLR ne relève pas uniquement de la politique intérieure congolaise, à en croire Paul Kagame qui déclare « Tant que le problème n’est pas résolu, le Rwanda restera concerné ».
Cette position s’inscrit dans un face-à-face plus large autour de la guerre dans l’est de la RDC. Kinshasa accuse Kigali de soutenir l’AFC/M23. Un soutien militaire et logistique documenté à plusieurs reprises par le Groupe d’experts des Nations unies, mais que le Rwanda rejette, même s’il a fini par admettre une collaboration avec le mouvement rebelle. De son côté, Kigali accuse régulièrement les autorités congolaises de collaborer avec les FDLR. Les États-Unis ont eux-mêmes appelé Kinshasa à mettre fin à toute coopération avec les FDLR, tout en demandant au Rwanda de cesser son soutien au M23. Washington considère le désarmement des groupes armés comme l’un des éléments indispensables à un règlement durable du conflit.
La sortie de Paul Kagame confirme surtout que le protocole annoncé par Kinshasa n’a pas refermé le dossier FDLR. Kigali réclame une neutralisation complète du mouvement et lie explicitement à cette question ses propres « mesures défensives ». Mais tant qu’une partie importante des combattants FDLR se trouvera dans des zones échappant au contrôle de Kinshasa, la mise en œuvre de cette exigence restera au cœur du bras de fer entre les deux capitales.





