
Vingt-huit ans sont passés, mais le massacre de Kasika reste une plaie ouverte dans la mémoire du Sud-Kivu. À l’occasion de cet anniversaire, le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, demande que la commémoration ne se limite plus au souvenir. Il réclame la vérité sur les crimes commis, des procès pour leurs auteurs et des réparations pour les victimes.
Les 23 et 24 août 1998, les localités de Kasika, Kilungutwe et Kalama, dans le territoire de Mwenga, avaient été frappées par des violences d’une extrême brutalité. Des civils furent massacrés, des femmes violées et torturées, des enfants tués, tandis que des maisons et des villages étaient incendiés. Le chef coutumier nyindu, le Mwami François Mubeza, ainsi que plusieurs religieux comptent parmi les victimes. Le rapport Mapping des Nations unies a documenté ces atrocités parmi les crimes les plus graves commis en RDC entre 1993 et 2003.
Le souvenir ne suffit plus
Depuis plusieurs années, Denis Mukwege fait une déclaration à l’occasion de l’anniversaire du massacre de Kasika pour réclamer justice. Cette fois encore, le gynécologue n’a pas dérogé à cette tradition, lui qui estime que le temps écoulé ne peut devenir une excuse à l’oubli. Il voit dans Kasika l’un des épisodes d’une longue succession de violences qui ont ravagé l’Est congolais au cours des trois dernières décennies.
L’inquiétude du médecin dépasse donc le seul massacre de 1998. Il soutient que les changements de groupes armés, d’alliances et de structures n’ont pas empêché la répétition des massacres, des violences sexuelles, des déplacements de populations et des destructions. Pour lui, l’impunité reste l’un des moteurs de cette répétition.
Denis Mukwege demande ainsi à Kinshasa et à la communauté internationale de reprendre les recommandations du rapport Mapping et d’enquêter sur les crimes commis depuis près de trente ans. Il insiste pour que les responsables et les commanditaires présumés, qu’ils soient congolais ou étrangers, militaires, membres de groupes armés ou responsables politiques, puissent répondre de leurs actes devant la justice.
Une justice pour les morts, mais aussi pour les vivants
Mukwege plaide pour la création d’un mécanisme judiciaire crédible : juridiction pénale spéciale ou internationalisée, voire chambres mixtes ou hybrides au sein de la justice congolaise. Mais son message ne s’arrête pas à la punition des responsables. Il rappelle que les victimes ont droit à quatre choses : la vérité, la justice, les réparations et la garantie que de telles atrocités ne se reproduiront plus.
L’exigence du prix Nobel de la paix prend une résonance particulière dans cette partie orientale de la RDC toujours meurtrie par les violences. Vingt-huit ans, en effet, après Kasika, les armes n’ont pas totalement cessé de parler dans la région. La paix semble toujours être un mirage aux yeux des habitants de cette région de la RDC. De l’avis de Denis Mukwege, c’est précisément la raison pour laquelle il faut regarder ce passé douloureux en face. Puisqu’une paix durable ne peut être bâtie sur des tombes sans justice, ni sur des crimes que le temps finit par oblitérer.





