Le FLN gelé

La chambre administrative près la cour d’Alger a annulé, mardi, le 8ème Congrès du Front de libération nationale (FLN) et ordonné le gel de toutes les activités et des comptes bancaires du parti. Une décision politique plus que juridique qui porte un coup direct à Ali Benflis, secrétaire-général du FLN et candidat à la prochaine présidentielle.

La chambre administrative près la cour d’Alger vient d’annuler le 8ème Congrès du Front de libération nationale (FLN) et ordonné le gel de toutes les activités et des comptes bancaires du parti historique. Le verdict est tombé mardi matin et a provoqué une onde de choc dans la classe politique algérienne. Il fait suite à une plainte introduite par les « redresseurs », une aile du FLN qui conteste les résultats du 8è Congrès tenu à Alger, les 18 et 19 mars 2003, et qui a élevé Ali Benflis au rang de secrétaire-général. « Le mouvement de redressement n’est pas contre la personne de M. Ali Benflis mais déplore ses méthodes et ses pratiques de travail », a indiqué Mohamed Seghir Kara, leur porte-parole.

Le principal intéressé, Ali Benflis, ancien chef de gouvernement d’Abdelaziz Boutaflika et candidat à la présidentielle de mars 2004 face au Président sortant, ne s’est pas laissé déstabiliser. « Cette décision montre comment le candidat Président a instrumentalisé la sphère judiciaire. Le verdict est en contradiction avec la loi sur les partis politiques et l’arrêt du Conseil d’Etat, rendu public le 18 octobre, qui affirme l’incompétence des juridictions administratives dans le traitement des litiges nés du fonctionnement interne des partis », rappelle-t-il. « Cela s’est fait dans un contexte de fortes pressions directes et indirectes sur la justice par les membres du clan présidentiel. Cette sentence va à l’encontre du pluralisme politique, de la démocratie et interpelle la société algérienne dans toutes ses composantes. C’est un coup de force judiciaire, un pronunciamento juridique qui risque de mettre en péril la stabilité du pays. »

« Il faut sauver l’Algérie »

Cette décision, plus politique que juridique, trouve son origine dans la tenue prochaine des élections présidentielles, tout comme la guerre ouverte qui oppose les deux ailes du FLN (pro-Bouteflika et pro-Benflis). Les journaux sont immédiatement montés au créneau. Alors que Liberté titre sobrement « Le Putsch », Le Matin appelle à un « front anti-Bouteflika » car, pour le journal, « se taire aujourd’hui, c’est acquiescer à l’avènement d’un Ben Ali algérien ». De son côté, Le Soir d’Algérie titre : « Il faut sauver l’Algérie ! », écrivant que « Abdelaziz Bouteflika franchit définitivement la ligne rouge » et qu’il « viole de façon vulgaire la justice algérienne ». « A ce stade-là de l’irresponsabilité de la plus haute autorité politique du pays, on est arrivé, en cette fin 2003, exactement à la même situation prévalant fin… 1991 », affirme le quotidien.

Les partis politiques ont eux aussi réagi. Cité par El Watan, le Mouvement démocratique et social (MDS) dénonce « un coup de force qui s’inscrit en droite ligne du coup d’Etat permanent de Bouteflika » et estime qu’il « faut invalider immédiatement le mandat de Bouteflika (…) qui s’érige en obstacle majeur contre les changements dont le pays a besoin ». Le Front des forces socialistes (FFS) pointe une « situation de non-droit » et une « justice qui se révèle être un instrument entre les mains des décideurs ».

Benflis, toujours candidat

Les partisans d’Ali Benflis comptent exploiter toutes les voies de recours, notamment l’introduction en appel auprès du Conseil d’Etat. Dans l’immédiat, une procédure de « défense à exécution » a été mise en place pour obtenir un sursis dans l’exécution des sanctions. « Nous utiliserons bien sûr tous les moyens légaux pour invalider le verdict », indique Ali Benflis. « Nous devons tout d’abord porter cette situation à la connaissance du peuple algérien. Le Président a mis le service public de l’information à son service, il est en train de suspendre la presse qui ne relaie pas ses discours… Il a marginalisé le Parlement, a transformé le gouvernement en comité de soutien. Bouteflika représente le passé, un système unique, un parti unique, une pensée unique. En cinq ans, il n’a rien fait. Les Algériens veulent une nouvelle société basée sur la liberté, le pluralisme politique et le respect des droits de l’Homme. »

Alors que certains membres du gouvernement ont laissé entendre qu’un Congrès « réunificateur » pourrait avoir lieu dans la deuxième quinzaine du mois de janvier pour adopter les nouveaux statuts du parti, Ali Benflis réaffirme son engagement dans la course à la présidence. « Le Président souhaiterait que ce verdict remette en cause ma candidature. Il cherche à mettre des bâtons dans les roues de tous les candidats sérieux à la présidentielle. J’irais à cette élection fort du soutien de mes concitoyens. La loi électorale algérienne permet de se présenter de façon personnelle et individuelle sans rattachement à un parti politique. Mais si je peux le faire au sein du FLN, tant mieux. Je suis un militant et j’ai derrière moi des centaines de milliers de partisans. Avec cette histoire, nous avons beaucoup gagné car la base me soutient. En fait, Bouteflika est en train de faire notre campagne. »

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