Guerre ouverte au FLN

Après le départ du gouvernement des ministres FLN pro-Benflis, jeudi, puis l’élection de ce dernier comme candidat FLN aux prochaines Présidentielles, nul ne sait où les affrontements au sein de l’ancien parti unique vont mener. Lundi, le conflit entre les partisans du Président Bouteflika et ceux d’Ali Benflis s’invitait à l’Assemblée nationale.

La guerre est ouverte au sein du Front de libération nationale (FLN) entre les partisans du Président Abdelaziz Bouteflika et ceux de l’ancien Premier ministre et Secrétaire général du parti, Ali Benflis. Depuis le limogeage par Bouteflika de son encombrant Premier ministre, le 5 mai dernier, les deux hommes se disputent la mainmise sur l’ancien parti unique en vue des élections présidentielles prévues le printemps prochain. Un affrontement qui, jusque là, n’avait pas créé de remous au sein des institutions politiques. Mais depuis mardi, le conflit partisan s’est transformé en crise politique, lorsqu’une décision de justice initiée par les pro-Bouteflika a interdit la tenue du Congrès extraordinaire du parti. En réponse, le FLN a décidé de retirer ses ministres du gouvernement. Tout en maintenant le Congrès. Vendredi, le Comité central du FLN a fait de Benflis son candidat unique pour les Présidentielles. Le Président Bouteflika, qui n’a pas encore manifesté son intention de solliciter un second mandat, pourrait se retrouver seul. Mais ses partisans n’ont pas dit leur dernier mot.

« Un non événement »

Le congrès du 3 octobre est « un non événement… C’est une simple réunion de militants et une infraction à la justice », explique Abdelaziz Belkhadem. Ce dernier a pris la tête du « mouvement de redressement du FLN », au sein duquel se sont réunis tous les pro-Bouteflika. Le non événement va tout de même les amener, selon Liberté, à demander le gel des avoirs de leur propre parti, majoritairement aux mains d’Ali Benflis. Tout en continuant à préparer leur congrès bis.

Dès le 15 septembre, Abdelaziz Belkhadem s’était occupé d’envoyer une missive aux députés FLN, majoritaires à l’Assemblée nationale, leur demandant de voter les textes et décrets qui leur seraient soumis. Sa crainte est encore plus à l’ordre du jour, alors que se déroule lundi la première réunion plénière du Parlement depuis la crise ouverte. Mais le FLN courant Benflis, selon son porte-parole, ne prendra pas le risque de causer une crise institutionnelle : ni en se retirant de l’Assemblée, ni en bloquant les textes qui lui seront présentés. L’initiative de dissoudre l’Assemblée nationale est ainsi laissée au Président Bouteflika.

La justice instrumentalisée

La colère des proches de Benflis tient au fait que c’est une décision de justice qui a interdit la tenue du Congrès. Ces derniers avaient pris l’habitude de voir leurs marches interdites par le ministre de l’Intérieur pro-Bouteflika, Yazid Zerhouni. Mais mardi, celui-ci a expliqué qu’il ne voyait pas pourquoi le congrès serait interdit. Les services de la Wilaya d’Alger avaient même autorisé par écrit la tenue de la réunion. Pourtant dès mardi soir, le FLN apprend qu’il lui est défendu de se réunir : une plainte a été déposée par d’autres militants du FLN pour dénoncer « les irrégularités des conditions dans lesquelles s’est déroulé en mars le 8è congrès du parti » ! Et selon le ministre de l’Intérieur, la saisine du Tribunal administratif a un effet suspensif. « C’est à la justice de trancher, explique-t-il alors, en menaçant de « bloquer non seulement le congrès mais aussi la candidature de Benflis à la présidentielle ».

Aujourd’hui, certains avocats s’indignent que la justice ait ainsi pu être instrumentalisée. « Il faut impérativement que la justice soit mise à l’abri des pressions politiques », explique Me Khaled Bourayou. Interrogé par El Watan, Me Miloud Brahimi, qui regrette « que la machine judiciaire ait été utilisée pour empêcher la tenue du congrès », affirme en outre que l’action en justice intentée contre cette manifestation n’avait rien de suspensif.