Bouteflika-Benflis : le divorce est consommé

Le Président Abdelaziz Bouteflika a limogé, lundi, son premier ministre Ali Benflis. Cette décision intervient alors que la tension était devenue palpable entre les deux hommes depuis plusieurs mois. C’est Ahmed Ouyahia, actuel président du Rassemblement national démocratique, qui prend la place de Benflis.

Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika a limogé, lundi, le chef du gouvernement Ali Benflis. Il a désigné pour le remplacer sans délais Ahmed Ouyahia, déjà titulaire de cette fonction de décembre 1995 à décembre 1998, actuel Président du Rassemblement national démocratique (RND), ministre d’Etat et représentant personnel de Bouteflika dans l’équipe gouvernementale. Le président a, selon le communiqué de la présidence, remercié Ali Benflis  » pour son action à la tête du gouvernement  » et pour  » la contribution importante qui a été la sienne dans le lancement des grands chantiers des réformes et dans la recherche des équilibres sociaux et économiques « .

Depuis plusieurs semaines, la presse algérienne faisait état d’une dégradation des rapports entre les deux têtes de l’exécutif, à l’approche des présidentielles d’avril 2004. Et bien que le Conseil des ministres ne se soit pas réuni depuis le 18 février, l’ancien homme de confiance du Président avait tenté de maintenir l’illusion :  » Les choses marchent bien. Le travail se fait normalement. Il n’y a aucun problème entre moi et Bouteflika. Le remaniement ministériel n’est pas à l’ordre du jour « , avait déclaré Ali Benflis de Nouakchott, en Mauritanie, le 18 avril dernier, lors de la réunion de la grande commission mixte.

Vraie-fausse nouvelle

Pourtant, depuis le VIIIème Congrès du Front de libération nationale (FLN) le 19 mars dernier, la tension était palpable entre les deux hommes. Le parti politique, qui détient la majorité absolue à l’Assemblée populaire nationale, y a en effet pris ses distances avec le Président et élu Benflis secrétaire-général pour cinq ans. Les médias rapportent également des divergences sur la conduite de la politique économique, notamment sur le dossier des privatisations.

 » La nouvelle n’en est pas une puisque tout le monde le savait déjà « , écrit Chawki Amari dans El Watan.  » Dans cette lutte qui oppose depuis plusieurs mois le Président de la République, mal élu, à un subordonné, mal nommé, il y a quelque chose qui ressort : les rumeurs algéroises, quoique l’on dise, sont toujours construites sur une base véridique et ont valeur d’information. Des semaines déjà que derrière les discours officiels, lissés au papier de verre pour la circonstance, on parle d’un profond désaccord entre le n°1 (officiel) du pays et le chef des secteurs, d’une lutte d’intérêts entre le donneur de leçons et l’applicateur.  »

Je n’ai pas démissionné

Ce  » secret de polichinelle  » pour Le Soir d’Algérie, cette  » fin d’une partie de cache-cache  » pour Le Quotidien d’Oran annonce une nouvelle phase : celle d’un Président en désaccord avec le parti majoritaire. Avec ce limogeage, Bouteflika pensait se débarrasser d’un rival. Rien n’est moins sûr. Lundi soir, Ali Benflis, après avoir fait ses adieux à son équipe gouvernementale, a fait sa première sortie publique au siège du FLN à Hydra. Devant l’affluence des militants, il a improvisé un meeting, faisant clairement savoir qu’après trois ans d’exercice, il n’était pas parti de son plein gré.

 » Je n’ai jamais été aussi à l’aise que je le suis en ce moment (…). Je tiens seulement à vous dire que moi, je n’ai pas démissionné et d’ailleurs pourquoi le ferais-je ? Je dirige un parti majoritaire. (…) Libre au Président d’user de ses prérogatives constitutionnelles. Il demeure une certitude : le FLN est un parti souverain qui ne s’achète pas. Nous prendrons part à la construction démocratique de l’Algérie. Je sillonnerai le pays pour défendre ces principes. (…) Comme lors des dernières élections, nous nous en remettrons à chaque fois au choix du peuple. Et rien que cela.  » Un discours qui sonne comme un avant-goût de campagne politique…