Le dodo, une célèbre victime de la colonisation


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Le dodo
Le dodo

Le Dronte de Maurice, plus communément appelé dodo, est devenu l’exemple-type de l’espèce animale disparue en raison de l’activité humaine. Son extinction est également porteuse de sens quant au vandalisme de la colonisation. En effet, cet animal gauche, de la taille d’un gros dindon, vivait paisiblement sur l’île Maurice actuelle, jadis inhabitée, jusqu’à l’arrivée des Européens.

En 1598, des marins hollandais entrent en contact avec cet oiseau jusqu’ici inconnu, ne fuyant pas l’homme, mesurant aux alentours d’un mètre pour un poids d’environ 23 kg. Les Portugais qui avaient pourtant déjà visité l’île n’en avait pas fait mention. Les marins hollandais baptisent rapidement l’étrange volatile « walgvogel » (littéralement « oiseau répugnant »), avant de l’appeler « dodo ». L’étymologie de « dodo » n’est pas établie, cependant il pourrait venir du néerlandais « doodars » (« paresseux ») ou du portugais ancien « doudo » (« nigaud »).

Graduellement, les premiers colons s’installent sur cette île bien située, au climat favorable, et riche en bois précieux. En 1638, un gouverneur et une vingtaine de familles y vivent, s’entourant d’esclaves (entre 500 et 1000) en provenance de Madagascar, de la côte est africaine, d’Inde et de Java. A cette époque, le dodo n’est pas véritablement apprécié pour sa viande, jugée ferme et amère, mais a l’avantage d’être comestible, sur une route commerciale vers les Indes où les marins trouvent difficilement de quoi varier leur alimentation.

Une extermination rapide et pathétique

La capture du volatile n’était pas difficile, comme le confirme cet extrait de témoignage datant de 1618, d’un voyageur hollandais du nom de Bentekoe : « Il s’y trouvait aussi des dodos qui avaient des petites ailes, et loin de pouvoir voler, ils étaient si gras qu’ils pouvaient à peine marcher et quand ils cherchaient à courir ils roulaient par terre ».
Ces quelques lignes résument parfaitement l’incapacité du dodo à faire face à la prédation, rencontrée pour la première fois à l’arrivée des Européens. Au cours des années 1660, les Français vont prendre le relais des Hollandais, préférant d’autres colonies où les cyclones sont moins nombreux, après avoir épuisé les ressources en bois, où les dodos faisaient leurs nids.

En plus de la déforestation, de la chasse, et de la croissance numérique des colons et des esclaves, la présence nouvelle de prédateurs ramenés par les Européens, comme les chiens, les porcs, les chats, les rats ou encore les macaques, provoquera l’extinction rapide du dodo. Malgré les désaccords sur la date exacte de sa disparition, la mort du dernier dodo se situerait vraisemblablement entre 1688 et 1715. Son extinction fut si rapide que l’on en vint même, au XIXe siècle, à douter qu’il ait jamais existé, en dépit des restes conservés et des témoignages.

Aujourd’hui, plusieurs siècles après l’affront, des scientifiques anglais cherchent à « recréer » le dodo par l’extraction d’ADN à partir de restes conservés au Musée d’histoire naturelle de l’université d’Oxford et ailleurs en Angleterre, en étudiant également celui d’autres espèces proches, qui existent encore en Afrique et en Nouvelle-Guinée. Le croisement entre différents cousins du dodo est également envisagé, afin de parvenir à une espèce s’en rapprochant. Toutefois, nonobstant les progrès importants réalisés dans le domaine de la génétique, l’île Maurice et l’Afrique risquent d’attendre encore bien longtemps le retour de cette célèbre victime de la colonisation.

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