Le coton africain en conclave

Les ministres de l’Agriculture de l’Afrique de l’Ouest et du Centre sont réunis à Abidjan pour plancher sur la crise aiguë de la filière coton. Chute des cours mondiaux, concurrence du coton subventionné des pays occidentaux…, l’or blanc africain est très malade. Les experts tentent de trouver des remèdes pour sauver ce produit qui fait vivre dix millions de personnes dans la région.

« Nous voulons dire aux pays qui subventionnent leurs producteurs qu’ils cessent de nous parler de la lutte contre la pauvreté. Cette situation contribue largement à la détérioration de nos revenus d’autant que la production américaine fortement mécanisée menace sérieusement une production africaine très familiale « , s’inquiète le président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), François Traoré. Le coton africain, le plus compétitif sur le marché international, traverse une crise aiguë à cause de la chute des cours mondiaux. Les ministres de l’Agriculture de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, réunis à Abidjan, dressent un constat amer : le continent risque de se trouver éliminé du marché par des concurrents subventionnés par les Etats les plus riches de la planète.

Combat inégal

Ces inquiétudes trouvent écho auprès de Dov Zerah, président du Développement des agro-industries du sud (Dagris, ex-CFDT), partenaire de la plupart des sociétés cotonnières d’Afrique. Il explique la chute des cours par le recours aux subventions.  » Aux Etats-Unis comme en Europe, la subvention par kilo de coton est désormais supérieure au prix de vente du kilo de coton sur le marché ! Pour un cours de l’ordre de 0,95 euros/kg, la subvention au producteur américain est de 1,21 euros/kg aux Etats-Unis et celle de l’Union européenne de 1,49 euros/kg « , remarque-t-il dans les colonnes du Monde. Son entreprise s’est désengagée de plusieurs entreprises africaines non rentables. La société cotonnière centrafricaine (sococa), après le départ de la CFDT, est en situation de faillite.

Le maintien des subventions empêche toute revalorisation des prix du coton d’autant plus que la production est supérieure à la demande. En ayant recours à la fibre synthétique, l’industrie compromet un peu plus l’avenir de la filière coton. Il y a quelques jours, le Congrès américain a adopté le nouveau Farm Bill – la loi agricole fédérale – et accordé aux fermiers cotonniers des Etats-Unis des subventions leur permettant de continuer à produire. Paradoxalement, les bailleurs de fonds interdisent aux Etats africains de subventionner leur coton.

Lire aussi :

Le coton a trouvé son camion ;

Bonne récolte du coton béninois ;

Le coton africain dans de sales draps ;

Près de 30 millions de francs pour le coton burkinabé ;

Le textile malien file du mauvais coton.