Las Anod : Hassan Sheikh Mohamud défie Hargeisa sur un terrain brûlant


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Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud
Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud

En se rendant à Las Anod, le président somalien a posé un acte politique inédit depuis plus de quarante ans. Cette visite marque une affirmation directe de l’autorité fédérale dans une zone au cœur du contentieux avec le Somaliland. Elle intervient dans un contexte régional extrêmement sensible, ravivé par des initiatives diplomatiques récentes.

Au-delà du symbole, ce déplacement ravive les lignes de fracture d’un conflit territorial toujours irrésolu.

Un symbole fort d’unité territoriale

La présence du chef de l’État à Las Anod, capitale administrative de la région de Sool, porte une charge symbolique monumentale. Pour Mogadiscio, il s’agit d’affirmer haut et fort que cette zone fait partie intégrante de la fédération somalienne. La présidence a d’ailleurs souligné que ce voyage démontre la volonté inébranlable de renforcer l’unité nationale et de protéger l’intégrité territoriale du pays. En se rendant sur place pour l’investiture du président du nouvel État du Nord-Est, le sixième État fédéré de la Somalie, Hassan Sheikh Mohamud ancre officiellement les régions de Sool, Sanaag et Cayn dans le giron fédéral.

Le spectre de la reconnaissance internationale

Ce voyage intervient à un moment charnière de la diplomatie régionale. Le paysage politique a été bouleversé fin décembre 2025. Israël a alors reconnu officiellement le Somaliland comme un État souverain. Pour Mogadiscio, cette décision est perçue comme une agression directe contre sa souveraineté. La visite à Las Anod apparaît ainsi comme une réponse politique assumée. Elle vise à contrer l’offensive diplomatique menée par Hargeisa. En foulant un sol que le Somaliland revendique, le président somalien envoie un message clair. Malgré les soutiens extérieurs, le contrôle du terrain demeure un enjeu central de souveraineté nationale.

Un passé récent marqué par le sang

Le choix de Las Anod ne doit rien au hasard. La ville a été le théâtre d’affrontements meurtriers en 2023. Jusqu’alors, elle était sous le contrôle du Somaliland depuis 2007. Mais cette domination a pris fin à la suite d’un soulèvement populaire. Celui-ci a été appuyé par les milices du mouvement SSC-Khatumo. Ces combattants locaux souhaitaient réintégrer la fédération somalienne. Pour y parvenir, ils ont mené des combats acharnés et causé des centaines de victimes. Aujourd’hui, l’arrivée du président Hassan Sheikh Mohamud vient légitimer cette rupture. Elle consolide également le pouvoir de l’administration pro-Mogadiscio dans cette zone hautement stratégique.

La riposte cinglante du Somaliland

Le contre-discours n’a pas tardé à venir du côté de Hargeisa. Khadar Hussein Abdi, ministre de la Présidence du Somaliland, a immédiatement réagi en rappelant que, de leur point de vue, Las Anod demeure une partie inaliénable de leur territoire. Invitant Hassan Sheikh Mohamud à se concentrer sur les problèmes internes de la Somalie, les autorités du Somaliland ont martelé que leur indépendance est désormais une réalité internationale que personne ne pourra effacer. Entre la démonstration de force de Mogadiscio et les ambitions diplomatiques du Somaliland, la région de Sool reste plus que jamais le pivot d’un bras de fer incertain.

Fidele K
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Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
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