
L’échiquier géopolitique de l’Afrique de l’Est vient de connaître un basculement historique. Ce mardi 6 janvier 2026, Gideon Saar, le ministre israélien des Affaires étrangères, a foulé le sol de Hargeisa, la capitale du Somaliland. Cette visite officielle, une première pour un diplomate de ce rang en plus de trois décennies, scelle la reconnaissance mutuelle entre l’État hébreu et la république autoproclamée.
Si pour Hargeisa il s’agit d’une victoire diplomatique majeure, pour Mogadiscio, cet acte constitue une violation flagrante de sa souveraineté nationale.
Une reconnaissance pionnière et des enjeux stratégiques
Le 26 décembre dernier, Israël créait la surprise en devenant le premier pays au monde à reconnaître officiellement le Somaliland comme un État indépendant et souverain. Séparé de la Somalie depuis 1991, ce territoire jouit d’une stabilité démocratique rare dans la région, bien qu’il soit resté jusqu’ici dans un vide juridique international. Lors de sa rencontre avec le président Abdirahman Mohamed Abdullahi, dit « Irro », Gideon Saar a justifié cette décision en qualifiant le Somaliland de « démocratie stable » et d’« ami d’Israël ». Au-delà des mots, Jérusalem a promis une aide concrète dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la gestion de l’eau, mais surtout un partenariat stratégique qui inclue une coopération en matière de défense.
La colère noire de Mogadiscio et de l’Union africaine
Sans surprise, la réaction de la Somalie a été immédiate et virulente. Le ministère somalien des Affaires étrangères a dénoncé une « incursion non autorisée » et une interférence inacceptable dans ses affaires intérieures. Il a rappelé que le Somaliland reste, à ses yeux, une partie intégrante de son territoire. Cette indignation a trouvé un écho puissant au sein du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, qui a exigé la révocation immédiate de cette reconnaissance. De nombreux pays du monde musulman et de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) ont également joint leurs voix pour condamner une initiative perçue comme un facteur de déstabilisation supplémentaire dans une région déjà fragile.
Entre accords d’Abraham et rumeurs de réinstallation
Le rapprochement entre les deux nations alimente également de nombreuses spéculations. Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a affirmé que cet accord inclurait l’établissement d’une base militaire israélienne dans le golfe d’Aden et l’adhésion du Somaliland aux accords d’Abraham. Plus polémique encore, des rumeurs persistantes évoquent la possibilité pour le Somaliland d’accueillir des Palestiniens de Gaza. Si Hargeisa a formellement démenti ces allégations, les qualifiant de mensongères et affirmant que le partenariat est « purement diplomatique », l’idée d’un tel projet continue de susciter l’inquiétude à Washington et dans les capitales africaines.
Un moment clé pour l’avenir de la région
Malgré les contestations, cette visite est un moment irréversible. Pour le Somaliland, qui dispose déjà de sa propre monnaie, de son armée et de ses passeports, le soutien d’une puissance technologique et militaire comme Israël est un levier inespéré pour briser son isolement. Pour Israël, cette incursion diplomatique permet de sécuriser des intérêts dans une zone maritime importante, à l’entrée de la mer Rouge. Reste à savoir si cette alliance audacieuse ouvrira la voie à d’autres reconnaissances internationales ou si elle isolera davantage le Somaliland sur le continent africain.



