Somaliland : le coup de poker d’Israël qui fait trembler Mogadiscio


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drapeau Somaliland
drapeau Somaliland

En reconnaissant officiellement le Somaliland le 26 décembre 2025, Israël a provoqué un choc diplomatique majeur dans la Corne de l’Afrique. Saluée comme une victoire historique à Hargeisa, cette décision a suscité une vive colère à Mogadiscio, qui y voit une atteinte directe à son intégrité territoriale. Les autorités somaliennes soupçonnent derrière ce geste une manœuvre stratégique liée aux équilibres sécuritaires régionaux et au conflit à Gaza.

Le 26 décembre 2025 restera une date de rupture pour la géopolitique de la Corne de l’Afrique. En devenant le premier État au monde à reconnaître officiellement la souveraineté du Somaliland, Israël a provoqué un séisme diplomatique dont les ondes de choc atteignent les Nations unies. Si, à Hargeisa, la population a célébré ce qu’elle considère comme une victoire historique après 34 ans d’attente, à Mogadiscio, la colère est totale. Le gouvernement somalien dénonce une « attaque délibérée » contre son intégrité territoriale, tandis que ses diplomates évoquent une stratégie de diversion bien plus sombre derrière ce rapprochement soudain.

Un avant-poste stratégique face au Yémen

Pour Israël, la reconnaissance de cette république autoproclamée depuis 1991 ne relève pas de la simple philanthropie diplomatique. Situé sur le golfe d’Aden, à l’entrée du détroit de Bab Al-Mandab, le Somaliland offre une position d’observation idéale sur l’une des routes maritimes les plus sensibles au monde. Selon le chercheur Roland Marchal, ce dossier a été piloté non seulement par le ministère des Affaires étrangères israélien, mais aussi par le Mossad.

L’objectif sécuritaire est limpide : contrer l’influence des houthistes au Yémen, situés à seulement 200 kilomètres des côtes somalilandaises. En s’implantant symboliquement et stratégiquement dans la région, l’État hébreu s’offre un levier supplémentaire pour surveiller les mouvements pro-iraniens en mer Rouge. Pour Mogadiscio, cet argument sécuritaire n’est qu’un paravent servant à justifier le morcellement de la Somalie.

La « diversion calculée » et le spectre de Gaza

À New York, l’ambassadeur somalien auprès de l’ONU, Abukar Dahir Osman, a lancé une accusation grave devant la presse. Il qualifie cette reconnaissance de « diversion calculée », affirmant qu’elle masquerait un accord secret beaucoup plus vaste. Selon le diplomate, Mogadiscio suspecte un projet de déportation de Palestiniens de Gaza vers le Somaliland.
« Ils veulent exporter les Palestiniens de Gaza vers tout pays qui les accepte », a déclaré l’ambassadeur, évoquant le chiffre non confirmé de 1,5 million de personnes.

Bien que le gouvernement du Somaliland ait fermement démenti tout projet de base militaire ou de réinstallation de réfugiés en échange de cette reconnaissance, la rumeur alimente une hostilité croissante dans le monde arabe et musulman. La Turquie et l’Égypte ont déjà rejoint la Somalie pour condamner une décision qui menace, selon elles, de redessiner dangereusement la carte géopolitique de la région.

Une rupture de l’ordre régional

Au-delà des théories de transfert de population, cette reconnaissance brise un tabou diplomatique vieux de plusieurs décennies. Jusqu’ici, aucun pays n’avait osé franchir le pas, de peur de créer un précédent de sécession en Afrique. En « brisant la glace », Israël pourrait inciter d’autres nations à sortir de l’ambiguïté, ce qui constituerait une rupture majeure de l’ordre régional établi.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni en urgence le 29 décembre pour réaffirmer son soutien à l’unité de la Somalie, mais le mal semble fait. Pour les observateurs, la Corne de l’Afrique entre dans une zone de turbulences inédite où les enjeux de la guerre à Gaza se télescopent avec les aspirations d’indépendance du Somaliland, transformant ce territoire en un nouveau pion crucial sur l’échiquier mondial.

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Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
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