La presse africaine partagée au sujet de l’intervention militaire en Libye

Dans la nuit de vendredi, l’Onu a voté la résolution 1973qui autorise l’usage de la force pour protéger les populations civiles en Libye. Samedi, les premiers avions français ont frappé divers objectifs sur le sol libyen. Une « agression coloniale », a tout de suite dénoncé le colonel Kadhafi. Les médias du Continent divergent dans leurs positions vis-à-vis de l’intervention de la coalition en Libye. Certains l’approuvent. D’autres s’interrogent sur les réelles motivations des occidentaux et les conséquences de leur action militaire sur la région.

D’un côté, ceux qui saluent les frappes aériennes contre les forces pro-Kadhafi. « Mieux vaut tard que jamais ». C’est ainsi que le quotidien Burkinabè L’observateur se réjouit de l’adoption de la résolution 1973 de l’ONU au sujet de la Libye. « Le pays de Sarkozy tient sans doute à se faire pardonner ses ratés récents dans la révolution du jasmin (…). Mais ici, il faut le reconnaître, en compagnie de ses alliés occidentaux, la France fait une œuvre utile qu’en toute honnêteté, il faut saluer à sa juste valeur », estime L’observateur. Sur la même lancée, mais sur un ton plus ironique, le quotidien algérien Le soir, adresse une « Lettre aux vierges qui crient au nouvel impérialisme et au néo-colonialisme à partir de leur douillet salon algérois ! » «Fallait-il, pour être un bon Arabe, un bon musulman, attendre en silence que le dernier habitant de Benghazi soit exposé aux [missiles] Katioucha ou au gaz sous prétexte que les Occidentaux veulent recomposer la région?», se demande-t-il.

Eviter l’enlisement du conflit

Pour le quotidien tunisien Le Temps, « il faut faire vite et bien », affirme-t-il. Ce journal souhaite toutefois que les forces de la coalition respectent le mandat qu’elles ont reçu de l’ONU. «Mais si ce début d’intervention militaire internationale représente un signe fort pour mettre fin à la crise libyenne, il n’en demeure pas mois qu’elle doit être conforme à la résolution 1973 du Conseil de sécurité et notamment l’objectif consistant à protéger les civils », écrit le quotidien. Le Temps dit craindre un scénario à l’irakienne, avec de nombreuses victimes civiles. Une situation qui tournerait à la « faveur du régime libyen qui l’exploiterait en jouant sur la fibre patriotique ».

Sans s’opposer au bien fondé de l’opération« Aube de l’Odyssée », le quotidien camerounais Mutations s’interroge quant à lui sur ses chances de réussite, au cas où elle se limiterait à des bombardements. « En s’arrangeant à ne pas reproduire les scénarii somalien, afghan ou encore irakien, la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l’Italie et le Canada, auxquels la Ligue arabe a apporté son soutien, ont en effet opté pour des opérations essentiellement aériennes contre les forces du dictateur libyen…Mais cette stratégie de frappes aériennes chirurgicales pourrait paraître limitée dans son impact. Tous les stratèges le disent : une guerre se gagne au sol, avec l’appui de la force aérienne et/ou maritime. La puissance de feu de la « Coalition internationale » ne sera véritablement efficace que si elle est combinée à des actions de terrain. Il en faudrait donc sans doute plus pour déloger le « Dieu » fait homme de Tripoli ». Le quotidien burkinabè Le pays redoute pour sa part que les hostilités ne finissent par s’installer dans la durée, eu égard à « la nature et la solidité du régime au pouvoir à Tripoli ».

Crainte d’une visée impérialiste

De l’autre côté, des publications qui doutent du caractère purement humanitaire de l’intervention de la coalition. C’est le cas du Républicain, édité au Mali. Le républicain affirme : «Il apparaîtra maintenant très clairement aux yeux du monde que ce n’est pas la seule morale qui fait voler les avions de chasse des grandes puissances. Puisqu’en Côte d’Ivoire aussi, le peuple se meurt et la très sélective communauté internationale n’y propose pour l’instant que les rapports de l’Onuci transformée en observateur du désastre qu’à grand frais, elle était censé prévenir. »

Pour le journal privé tunisien Achourouk, l’intervention en Libye représente «une menace pour la région», risquant d’en faire une « zone de tension et une base avancée pour les forces impérialistes». Achourouk estime que l’intervention occidentale «va souiller la bataille du peuple libyen contre la junte corrompue» de Kadhafi. Dans un éditorial intitulé «Quand le pétrole se mélange au sang libyen», le principal quotidien algérien El Khabar soutient de son côté que «La vraie guerre est celle du pétrole. Le peuple libyen n’a rien à y faire».

La coalition est déterminée à poursuivre ses opérations et annonce de nouvelles frappes.