La condamnation par le Président de la Commission de l’Union Africaine du “meurtre” de George Floyd aux Etats-Unis : un coup d’épée dans l’eau

Moussa Faki Mahamat

Dans un communiqué publié sur le site de l’Union Africaine ce jour, le Président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, condamne cet énième « assassinat » d’un Afro-Américain et appelle les autorités américaines à œuvrer pour le bannissement de toutes formes de discrimination basée sur la race ou l’origine ethnique de la société américaine. Mais pour quel effet ?



Dans la vague des condamnations de l’“assassinat” par étouffement d’un Noir de 46 ans par des policiers blancs à Minneapolis, dans le Minnesota, aux Etats-Unis, le lundi dernier, Moussa Faki Mahamat, Président de la Commission de l’Union Africaine a fait publier, ce jour, par son porte-parole, Ebba Kalondo, un communiqué pour marquer son indignation et par ricochet, celle de toute l’Institution qu’il représente contre ce drame. Moussa Faki Mahamat a d’ailleurs repris une partie de ce communiqué sur son propre compte Twitter. Voici l’intégralité du communiqué.

« Le Président de la Commission de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat, condamne fermement le meurtre de George Floyd, survenu aux États-Unis d’Amérique, aux mains d’agents des forces de l’ordre et présente ses plus sincères condoléances à la famille du défunt ainsi qu’à tous ses proches.
Rappelant la résolution historique de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) sur la discrimination raciale aux États-Unis d’Amérique, prise par les chefs d’État et de gouvernement africains, lors de la Première Conférence de l’OUA, tenue au Caire (Égypte), du 17 au 24 juillet 1964, le Président de la Commission de l’Union Africaine réaffirme et réitère fermement le rejet par l’Union Africaine des pratiques discriminatoires persistantes à l’encontre des citoyens noirs des États-Unis d’Amérique.
En outre, il exhorte les autorités des États-Unis d’Amérique à intensifier leurs efforts en vue d’assurer l’élimination totale de toutes les formes de discrimination fondées sur la race ou l’origine ethnique ».

Si la démarche du Président de la Commission de l’Union Africaine est noble et louable, il importe tout de même de s’interroger sur sa portée. Là, on se rend très vite compte qu’en termes de portée, elle ne peut en avoir aucune. Et pour cause. Comment une organisation qui se montre incapable de régler les problèmes les plus élémentaires qui se posent à elle, sur ses terres, peut-elle être prise au sérieux quand il s’agit de condamner ce qui se passe ailleurs ?

Où était l’Union Africaine quand l’OTAN est venue balayer le régime de Kadhafi, semant le chaos en Libye, et transformant le Sahel en un brasier infernal ? Et depuis que les terroristes règnent en maîtres dans cette région (le Sahel), faisant des centaines de victimes par semaine au Burkina Faso, au Mali, etc., où est l’Union Africaine ? Depuis 2009 que Boko Haram a émergé au Nigeria et sème la terreur dans les sous-régions d’Afrique occidentale et centrale, qu’a réellement pu  faire l’Union Africaine pour stopper ce mouvement terroriste ?

Qui peut prendre l’Union Africaine au sérieux dans ces conditions ? En tout cas, certainement pas les Etats-Unis de Donald Trump. Le vrai combat que l’Union Africaine doit s’efforcer de gagner pour imposer le respect dans le monde est celui du développement, de l’indépendance réelle et de la stabilité politique. Ce n’est que comme cela que les frères noirs de l’autre côté de l’Atlantique pourraient respecter les Africains d’Afrique et pourquoi pas poser leurs pas dans ceux de leurs aînés visionnaires comme W.E.B. Du Bois qui, vers la fin de sa vie, s’est installé, est mort et enterré sur la terre de ses aïeux, au Ghana.