
C’est un document rare, à la croisée de l’histoire et de la sociologie médicale, que nous livre le Professeur Lamine Smida. Avec son ouvrage « L’histoire de l’urologie en Tunisie (1889 – 2023) », l’auteur ne se contente pas de narrer des souvenirs ; il retrace l’épopée d’une discipline devenue aujourd’hui la fierté du corps médical tunisien.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : passant de seulement 9 urologues en 1976 à 273 en 2023, ce livre témoigne de la vitalité exceptionnelle d’un secteur où la Tunisie a su prendre une avance considérable sur le continent.
Une structuration visionnaire
Pour saisir la portée de ce travail de mémoire, il faut remonter le temps. Si le Pr Smida évoque les racines africaines de la discipline à Carthage dès le IVe siècle, l’ouvrage se focalise sur la structuration moderne de la spécialité. Le tournant s’opère en 1974, date à laquelle l’urologie est officiellement reconnue comme spécialité universitaire indépendante, marquée par l’inauguration du service fondateur au CHU Charles-Nicolle de Tunis. L’auteur, lui-même 9e urologue inscrit au Conseil National de l’Ordre des Médecins, est un témoin privilégié de cette « courbe d’ascension fulgurante », portée par l’engouement de la jeunesse médicale dès les années 80.
Un leadership régional affirmé
L’ouvrage met en lumière la politique volontariste de maillage territorial qui a hissé l’urologie tunisienne aux standards internationaux.
- Décentralisation : Après Tunis, des centres universitaires naissent dès 1982 à Sousse et Sfax, suivis de Monastir et Kairouan.
- Compétitivité : Cette stratégie a placé la Tunisie en position de leader au Maghreb (le Maroc n’inaugurera son premier service dédié à Rabat que cinq ans après Tunis).
- Institutionnalisation : La dynamique s’est concrétisée par la création de la Société Tunisienne d’Urologie (STU) en 1992, véritable matrice pour l’urologie arabe.
Hommage aux « Pères Fondateurs »
Au-delà des statistiques et des listes exhaustives de praticiens qui figent cette réussite pour la postérité, ce livre est un vibrant hommage humain. Lamine Smida salue la mémoire de figures emblématiques comme les docteurs Jean Cuenant, Taher Bouker, Mokhtar Sghaier et Mohamed Meziou.
Une mention spéciale est accordée au Pr Saadeddine Zmerli, architecte de la discipline, qui réalisa la première greffe rénale en Tunisie en 1986, prouesse technique qui a marqué l’histoire sanitaire du pays.
Pourquoi lire ce livre ?
Ancien Sadikien formé à Berlin-Ouest et ex-chef de service au CHU de Sfax, le Pr Smida signe ici un ouvrage essentiel. À l’image de ses ingénieurs, les urologues tunisiens illustrent la capacité du pays à exporter son savoir-faire. Cet ouvrage est une invitation à redécouvrir cet héritage précieux, socle indispensable pour appréhender la médecine de demain.




