L’Union africaine sanctionne la Guinée

La junte guinéenne a été sanctionnée. Le conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, réuni à Abuja au Nigeria, ont décidé jeudi que Dadis Camara et les membres du conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, junte) ne pourront plus voyager librement en Afrique et que leurs avoirs à l’extérieur seront gelés. La Commission de l’UA a un délai d’une semaine pour communiquer aux Etats la liste de ces personnes visées par ces sanctions.

L’Union africaine, réunie à Abuja au Nigeria, vient de trancher sur le sort de la Guinée. L’organisation a décidé jeudi d’imposer des sanctions aux membres de la junte qui se sont engagés à se présenter aux présidentielles, en janvier 2010. Les principales cibles sont le capitaine Moussa Dadis Camara et les membres du conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, au pouvoir). L’officier putschiste qui a pris la tête du pays après la mort de l’ancien président Lansana Conté, envisage d’être candidat aux élections, après avoir maintes fois promis qu’au terme de la transition il confierait le pouvoir à un président civil.

« Refus de délivrer des visas, de restrictions de voyages et de gels d’avoirs »

Afin de contrer les desseins de Dadis Camara et de son entourage, l’UA a mis au point une liste de mesures coercitives. Il s’agit du « refus de délivrer des visas, de restrictions de voyages et de gels d’avoirs », imposés également « aux membres du gouvernement et à toute autre personne, civile ou militaire, dont les activités sont destinées à maintenir le statu quo inconstitutionnel en Guinée ». La junte avait été unanimement condamnée après la répression sanglante d’une manifestation pacifique de l’opposition qui, justement, entendait protester contre sa candidature, le 28 septembre à Conakry. Les autorités affirment que 56 civils ont été tués alors que l’ONU évoque plus de 150 morts.

Démissions à la chaîne

Démissions et remplacements:
Le ministre de la Communication Justin Morel Junior a été remplacé par un journaliste de profession, Cheikh Fanta Mady, qui était chef de cabinet à la Défense. Le secrétaire général au ministère de l’Emploi et de la Fonction publique, Louis Mbemba Souma, prend la tête de ce département, selon un décret du capitaine Camara lu à la radio-télévision d’Etat mercredi soir. M. Souma remplace Alpha Diallo démissionnaire pour ne « pas cautionner » les violences du 28 septembre. Le colonel Boureima Condé, gouverneur de la région de Nzérékoré, au sud-est du pays, est nommé, quant à lui, ministre de l’Agriculture, en remplacement d’Abdourahmane Sanoh qui ne voulait « plus faire de la figuration » dans l’équipe gouvernementale. Mariama Sylla récupère le poste du ministre de la Décentralisation et du Développement local, décédé en mars après être subitement tombé malade.

Cet événement macabre à été à l’origine de plusieurs démissions au sein de la junte. En octobre, le ministre de la communication, Justin Morel Junior s’était retiré de son poste en déclarant ne plus avoir « la force morale de porter la parole du gouvernement ». Des propos qui interpellent sur la responsabilité des membres du pouvoir dans ce massacre. Pour éviter ce genre d’incartades, Moussa Dais Camara a nommé jeudi trois nouveaux ministres pour remplacer les démissionnaires qui nuisaient à l’image de la junte.

Les sanctions décidées par l’UA à l’encontre des autorités guinéennes interviennent alors que les Etats Unis viennent de limiter l’entrée de certains de ses membres sur le territoire américain et soutiennent l’embargo sur les armes décrété par l’Union européenne.

Lors de sa réunion à Abuja, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a par ailleurs validé jeudi un rapport clé sur le Darfour préconisant notamment la mise en place « d’une cour criminelle hybride », composée de juges soudanais et étrangers, pour juger les auteurs de crimes commis au Darfour. D’après l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki, le Soudan serait favorable à cette l’idée mais doit vérifier ce que prévoit sa Constitution dans ce domaine.

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