
Au début des années 2020, Moscou rêvait d’un retour triomphal sur le continent africain. Promesses de sécurité, discours anti-occidental et accords économiques de grande ampleur devaient faire de la Russie un partenaire incontournable. Mais en 2025, ce projet s’effrite : la stratégie russe, bâtie sur Wagner et des promesses commerciales, se heurte à ses propres contradictions.
Wagner : de fer de lance à fiasco
La mort d’Evgueni Prigogine en août 2023 a ouvert une brèche. Le chef de Wagner, artisan de l’expansion russe en Afrique, disparaît brutalement deux mois après sa mutinerie contre Moscou. Sa disparition précipite la transformation de Wagner en « Africa Corps », une structure placée sous contrôle direct du Kremlin. Cette refonte devait rationaliser l’action russe.
En réalité, elle masque un recul. Le départ officiel de Wagner du Mali en juin 2025, après quatre années de présence, illustre l’échec : la violence au Sahel n’a pas diminué, les insurrections touarègues se sont intensifiées et les régimes appuyés par Moscou restent fragiles. Les pertes militaires, notamment la mort de dizaines de mercenaires, ont écorné l’image de puissance que la Russie voulait projeter.
L’opinion publique tourne le dos
Les chiffres sont implacables. L’enquête Afrobarometer 2024-2025 révèle que seuls 36 % des Africains interrogés jugent l’influence russe positive, contre 23 % négative. Moscou se retrouve en queue de classement, derrière la Chine (62 %), les États-Unis (52 %), l’Union européenne (50 %) et même l’Inde (39 %).
Certes, le Mali affiche un taux impressionnant de 88 % d’opinions favorables. Mais ailleurs, la Russie peine à séduire : Zambie, Lesotho ou Botswana plafonnent à 13-15 %. Cette géographie fragmentée montre que l’influence russe repose sur quelques bastions militaires isolés, sans véritable ancrage populaire.
Le mirage économique
Sur le plan économique, le contraste est saisissant. En 2019, Vladimir Poutine annonçait un doublement des échanges commerciaux avec l’Afrique en cinq ans, fort de 92 accords signés. En 2024, le commerce Russie-Afrique atteint seulement 24,5 milliards de dollars. À titre de comparaison, la Chine génère plus de 355 milliards la même année. Pire encore, la dépendance de Moscou envers Pékin s’accroît.
La part de la Chine dans le commerce extérieur russe passe de 17,9 % en 2021 à 36,9 % en 2024. Pékin devient à la fois le principal concurrent de Moscou en Afrique et son partenaire vital. L’ambition russe de se poser en alternative économique crédible s’effondre face à la domination chinoise.
Une stratégie en bout de course
Le modèle russe reposait sur une formule séduisante : sécurité sans conditionnalité
démocratique, rhétorique anti-occidentale et promesse de respect de la souveraineté. Mais la pratique a révélé ses limites. Les pays ayant accueilli les mercenaires russes, Mali, Burkina Faso, Niger, restent plongés dans l’insécurité et subissent une isolation internationale croissante. Avec la guerre en Ukraine, Moscou n’a plus les moyens de soutenir des opérations massives.
L’Africa Corps maintient une présence dans quelques théâtres, mais sans résultats tangibles. Les régimes partenaires, eux, paient le prix d’une stratégie transactionnelle qui n’a pas tenu ses promesses.
Les derniers atouts de Moscou
La Russie conserve toutefois des leviers. Ses réseaux médiatiques et d’influenceurs, sa capacité à exploiter les frustrations anti-occidentales et ses alliances avec des régimes en quête de légitimité lui offrent encore des points d’appui. Mais ces instruments ne suffisent pas à compenser l’échec militaire et économique.
L’euphorie du début des années 2020 a laissé place à un constat amer : Moscou a surestimé sa capacité à projeter une puissance durable et sous-estimé les attentes économiques de ses partenaires africains. L’avenir dira si ce reflux est conjoncturel ou structurel. Mais une chose est certaine : l’idée d’une Afrique sous influence russe, pilier d’un monde multipolaire, paraît aujourd’hui plus lointaine que jamais.





