L’Arche de Zoé charge ses intermédiaires tchadiens

N’djamena. Les premiers parents des 103 enfants que l’association voulait emmener en France sont auditionnés devant la Cour criminelle. Ils réclament 103 millions d’euros de dommages et intérêts. Prise d’un malaise, l’infirmière française Nadia Merimi a été évacuée du box des accusés. Eric Breteau, le président de l’ONG française, rejette la responsabilité sur les intermédiaires tchadiens.

Il y a eu tromperie sur la marchandise. C’est ainsi que pourrait être résumée la stratégie de défense d’Eric Breteau, le président de l’Arche de Zoé. Accusé, entre autres, de « tentative d’enlèvement d’enfants tendant à compromettre leur état civil », il rejette, depuis le début du procès, vendredi, toutes les responsabilités de « mensonge ou tromperie sur l’Etat civil » sur les intermédiaires tchadiens avec qui il a traité.

Selon le président d’association français, ce sont le vieux marabout soudanais Souleïmane Ibrahim Adam et les tchadiens Moktar Fadoul et Mahamat Eritreo qui lui ont fait croire que les enfants tchadiens étaient soudanais. Samedi, Moktar Fadoul a reconnu que L’Arche de Zoé réclamait des orphelins du Darfour. Souleïmane Ibrahim Adam, après beaucoup d’hésitations, a fini par reconnaître qu’il a signé 63 attestations en français et en arabe reconnaissant que les enfants venaient du Darfour. Mais il a ajouté qu’il ne savait pas qu’ils devaient être emmenés à Abéché puis exfiltrés en France. Quant à Moktar Fadoul, qui a nié être un intermédiaire, il s’est présenté comme un simple chauffeur ayant convoyé des enfants entre Tiné, localité frontalière avec le Soudan, et Abéché, la principale ville de l’est tchadien. Mais, arrivé libre, samedi, il a été incarcéré à l’issue de son témoignage pour « être mis à la disposition du Parquet pour plus d’information ».

Aujourd’hui, la Cour criminelle de N’Djamena a commencé d’auditionner les parents des enfants. Six d’entre eux ont été délégués par un collectif de parents pour les représenter au procès. Interrogés par le président Ngarhondo Djidé, leurs réponses en dialecte local sont traduites par un interprète en français, la langue des débats. Ils ont réclamé 103 millions d’euros (1 million par enfant) de dommages et intérêts aux membres de l’Arche de Zoé qu’ils accusent de ne pas leur avoir dit qu’ils voulaient emmener leur progéniture en France.

L’infirmière française Nadia Merimi prise d’un malaise

En début d’audience, ce lundi, Nadia Merimi, l’une des six membres de L’Arche de Noé jugés par la Cour Criminelle de N’Djamena, a eu un malaise. L’infirmière, âgée de 31 ans, a été évacuée de la salle d’audience à la demande d’un représentant de l’ambassade de France. Elle était consciente et parlait lorsqu’elle a été emmenée dans une ambulance militaire française vers la base française équipée d’installations hospitalières. Nadia Merimi, comme les autres membres de l’ONG, a engagé une grève de la fin. Au début de sa détention à N’Djamena en novembre, avait déjà été hospitalisée quelques jours à la base française.

Interrogé par la radio française Europe 1, Me Gilbert Collard, l’un des avocats des membres de L’Arche de Zoé qui risquent jusqu’à 20 ans de prison, a dénoncé l’apparente volonté des magistrats tchadiens de précipiter le déroulement du procès : « On sent peser une précipitation à rendre la décision, un empressement des magistrats à liquider les témoins, à ne pas aller au fond des choses », a-t-il déclaré. Il a dit s’attendre à un verdict dès mercredi et ajouté, comme la rumeur le laisse entendre depuis plusieurs semaines, que « tout le monde dit que le procès est un prétexte à une solution politique ». Il a rappelé qu’en vertu d’une convention judiciaire entre la France et le Tchad de 1976, les membres de l’association humanitaire pourraient, en cas de condamnation, exécuter leur peine en France.