L’Aïd el-Adha plonge les familles dans la tourmente

Des moutons
Des moutons au foirail

Plus la date de l’Aïd el-Adha approche, plus les musulmans s’enfoncent dans l’inquiétude, notamment ceux du Sénégal, habitués à faire face à des dépenses colossales. En plus du mouton, les parents se démènent pour habiller la famille, sans compter les dépenses annexes liées à la fête.

L’Aïd el-Adha ou fête du mouton sera célébrée dans moins de deux semaines. Le contexte particulier de cette année fait que la fête charrie un lot de difficultés. Outre l’impact de la crise imposée depuis deux ans par la maladie à Coronavirus, la crise en Ukraine est venue en rajouter. En effet, la flambée des prix des denrées n’a pas épargné ceux des moutons à immoler pour les besoins de la fête. Sans compter, les habits et les condiments qui agrémentent la fête. Un véritable casse-tête pour les responsables de famille. Afrik.com a fait un tour dans la capitale sénégalaise, Dakar.

Il est 14h37, le soleil est au zénith. Une vend chaud balaie Dakar, la sueur coule sur le front de la quasi-totalité des clients qui sillonnent les allées du Marché HLM. Ceux qui apparaissent moins trempés de sueur ont par devers leur cou une petite serviette qu’ils utilisent pour éponger les quelque gouttelettes qui dégoulinent sur leur corps. Ici, c’est un véritable vacarme qui règne. Entre la musique diffusée par les boutiques pour attirer le plus de clients possibles, les appels des autres vendeurs aux clients en rajoutent à ce bruit déjà insupportable. Sans doute pour nous, car les autres semblent habitués à ce brouhaha.

«L’essentiel est d’habiller les enfants. Nous n’avons pas le choix»

«Vous avez le choix ! Le mètre est à 1 000 FCFA. Faites vos choix mesdames», répète sans cesse ce jeune vendeur, debout devant un lot de tissu de diverses couleurs. Sa marchandise bon marché fait qu’il est bien entouré. Plus d’une dizaine de clientes attendent d’être servies. «L’essentiel est d’habiller les enfants. Nous n’avons pas le choix, malgré la conjoncture actuelle. Ils sont habitués à avoir de nouveaux habits pour la fête, on se voit obligé de les habiller pour ne pas les décevoir», justifie cette mère de famille qui reconnaît que «cette année est particulièrement dure, il n’y a pas d’argent dans le pays et tout est cher».

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Non loin, une boutique tenue par des Maliens. Ici, le niveau est un peu plus relevé, en atteste le faible nombre de clients : deux seulement, en train de marchander. Le mètre de tissu ne s’échange pas à moins de 7 000 FCFA le mètre. «Madame, si j’en voyais à ce prix, j’en achète un conteneur», vient de rétorquer le vendeur à une cliente qui venait de proposer 5 000 FCFA pour un mètre de tissu basin. «C’est mon prix, je ne peux pas faire plus, au risque de ne pas avoir assez pour tous mes enfants». Un prix qui n’arrange pas le commerçant, l’affaire n’est pas conclue. La dame devra encore se faufiler dans la foule à la recherche d’un autre vendeur plus clément.

«Les moutons qui coûtaient 100 000 FCFA sont passés à 130 000 FCFA»

De l’autre côté de la capitale, au foirail de Pikine, dans la banlieue dakaroise, les chefs de famille s’angoissent face à la rareté des moutons et la cherté de leur prix. Il est 17 heures passées de quelques minutes, le soleil est beaucoup plus clément, malgré tout, ce n’est pas la grande affluence. Normal, ils sont nombreux les pères de famille à se dire qu’ils ont encore le temps de se payer leur bélier. «Nous voyons quelques clients seulement. Nous sommes encore à presque deux semaines de la tabaski, donc ils se disent qu’ils ont encore le temps», confie ce berger par ailleurs vendeur de moutons, turban marron autour de la tête.

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L’homme nous donne une idée de ses prix, non sans reconnaître que cette année, les prix ont particulièrement grimpé. «C’est à la faveur d’une forte hausse des denrées servant à l’alimentation de notre bétail. Prenez l’exemple du sorgho dont le kilo se vendait entre 150 et 200 FCFA l’an dernier, actuellement, il faut débourser 500 FCFA pour la même quantité. Le prix a été multiplié par 2,5 ! C’est excessif. Idem pour le maïs qu’on achetait à 200 FCFA le kilo, la même quantité se monnaye aujourd’hui à 400 FCFA. Il est donc impossible, pour cette année, de trouver des moutons aux mêmes prix que ceux de l’année écoulée. Par exemple, ceux qui coûtaient 100 000 FCFA sont passés à 130 000 FCFA», confie le vendeur de moutons. Pour l’heure, l’homme se tourne les pouces en attendant ses premiers clients qui risquent de faire les frais de cette hausse sur les prix.

«Il faut qu’on pense à lever les sanctions imposées au Mali»

Alors que nous effectuons un tour des lieux, nous tombons sur un père de famille venu s’enquérir des prix et au besoin acheter deux moutons pour les besoins de la fête. Il trouve les prix «un peu plus élevés que ceux des années précédentes, mais restent raisonnables. Je pense que des efforts sont fournis de part et d’autre. Que ce soit au niveau de l’Etat qui s’est privé de certaines taxes, des éleveurs qui ont tenu compte de la conjoncture mondiale actuelle qui fait tous les prix ont augmenté. Nous aussi, en tant que clients, on aura à faire des sacrifices supplémentaires en décaissant un peu plus pour prétendre acquérir le mouton que nous voulons. C’est difficile, mais c’est la réalité du marché».

Un autre client rencontré nous dira qu’il trouve que les prix sont élevés. Il pointe du doigt la fermeture de la frontière entre le Sénégal et le Mali, du fait des sanctions de la CEDEAO. «Il faut qu’on pense à lever les sanctions imposées au Mali, cela aidera à faire baisser la tension sur les prix des moutons. Beaucoup de moutons provenaient du Mali qui alimentait le marché sénégalais. Mais cette année, on voit rarement les moutons maliens dans nos foirails», lance l’homme, bonnet noir posé sur la tête, se curant les dents entre deux propos. L’angoisse se lisait tout de même sur son visage. Comme la plupart d’entre les personnes croisées et qui tâtaient le terrain en direction de l’Aïd el-Kébir.

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