
Avec une croissance attendue à 5,8 % en 2026, l’Afrique de l’Est distance largement les autres sous-régions du continent. Portée par l’Éthiopie et le Kenya, cette dynamique repose sur l’intégration régionale et la transition énergétique, selon le dernier rapport des Nations Unies.
Alors que l’économie mondiale peine à retrouver son dynamisme d’avant-pandémie, l’Afrique de l’Est s’impose comme le moteur incontesté de la croissance africaine. Selon le rapport « World Economic Situation and Prospects 2026 » publié par le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies le 8 janvier dernier, la sous-région devrait afficher un taux de croissance de 5,8 % en 2026, le plus élevé du continent.
Une performance tirée par l’Éthiopie et le Kenya
Cette dynamique exceptionnelle repose sur deux piliers : l’Éthiopie et le Kenya. Ces deux économies bénéficient d’une combinaison favorable entre intégration régionale renforcée et expansion significative des énergies renouvelables. L’Éthiopie, malgré les défis politiques qu’elle traverse, maintient une trajectoire de croissance soutenue par ses grands projets d’infrastructures énergétiques. Le Kenya, hub financier et technologique de la région, capitalise sur son écosystème numérique florissant et sa position de carrefour commercial.
Un écart croissant avec les autres sous-régions
L’écart de performance avec le reste du continent est saisissant. Là où l’Afrique de l’Est devrait atteindre 5,8 %, l’Afrique de l’Ouest plafonnerait à 4,4 %, l’Afrique du Nord à 4,1 %, l’Afrique centrale à 3 % et l’Afrique australe fermerait la marche avec seulement 2 %.
Plusieurs facteurs expliquent le dynamisme est-africain. L’intégration régionale, portée par la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), facilite les échanges commerciaux et attire les investissements. Les infrastructures de transport se développent, avec des projets ferroviaires majeurs reliant les ports de Mombasa et Dar es Salam à l’arrière-pays. Le secteur des services, notamment financiers et numériques, connaît une expansion remarquable, le Kenya ayant acquis une réputation mondiale pour l’innovation en matière de paiement mobile.
La transition énergétique constitue également un levier de croissance. L’Éthiopie, avec le barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu, et le Kenya, grâce à ses capacités géothermiques dans la vallée du Rift, disposent d’atouts considérables pour alimenter leur développement industriel à moindre coût carbone.
Des défis persistants
Cepedant, ce tableau encourageant ne doit pas occulter les vulnérabilités. Le rapport de l’ONU souligne que le poids du service de la dette absorbe une part croissante des recettes publiques à travers le continent, limitant les marges de manœuvre budgétaires des États.
En outre, l’expiration programmée de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui offrait un accès préférentiel au marché américain, menace certains secteurs exportateurs, notamment le textile. Surtout que la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) progresse lentement. Ce vaste marché unifié de 1,4 milliard de consommateurs tarde à produire ses effets faute d’harmonisation réglementaire et d’infrastructures de connexion suffisantes entre les différentes sous-régions.
Vers une nouvelle géographie économique africaine ?
La montée en puissance de l’Afrique de l’Est pourrait redessiner les équilibres économiques du continent. Longtemps dominé par le Nigeria et l’Afrique du Sud, le paysage africain voit émerger de nouveaux pôles de croissance. L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 120 millions d’habitants, ambitionne de devenir un hub manufacturier continental. Le Rwanda, malgré sa petite taille, s’est forgé une réputation d’efficacité administrative et attire les investisseurs et les touristes.
Cette redistribution des cartes intervient dans un contexte où l’Afrique demeure la deuxième région à la croissance la plus rapide au monde, derrière l’Asie. Avec une croissance continentale projetée à 4 % en 2026, le continent maintient une trajectoire positive, mais insuffisante au regard de sa démographie. Rapportée par habitant, cette croissance reste trop faible pour permettre une réduction significative de la pauvreté ou une convergence avec les économies développées.
L’Afrique de l’Est montre néanmoins la voie : diversification économique, investissement dans les infrastructures, transition énergétique et intégration régionale constituent les ingrédients d’un développement durable. Reste à savoir si ce modèle pourra essaimer au-delà des frontières de la sous-région.
Source : « World Economic Situation and Prospects 2026 », Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (UN DESA), janvier 2026
Pour aller plus loin : Consulter le rapport complet de l’ONU : World Economic Situation and Prospects 2026



