L’affaire DSK à la une de la presse africaine

Accusé de tentative de viol par la Guinéenne Nafissatou Diallo, l’ex-directeur du FMI Dominique Strauss-Khan, a plaidé non coupable lors de sa première audience lundi au tribunal de New-York, à Manhattan. Une comparution très attendue largement commentée par la presse africaine.

« Est-ce à plus de 60 ans que l’on devient violeur ? », s’interroge le quotidien ivoirien L’intelligent qui soulève une cascade de questions. « Si la plaignante a consenti à une fellation, était-ce sous contrainte, et quelle était cette contrainte ? Pourquoi n’a-t-elle pas exercé de violence sur les parties intimes de Strauss-Kahn ? Pourquoi n’a-t-elle pas crié et alerté pour échapper aux instincts de DSK ? Quel charme supplémentaire a pu avoir Nafissatou, en tant que femme, pour que DSK prenne le risque de briser sa carrière ? » Et le journal de conclure avec une note de suspense : « Qui a raison, qui a tort ? Rendez-vous dans 44 jours pour en savoir davantage ».

Pour Le Républicain du Mali, qui ne mâche pas ses mots, « ce ne sera pas le pot de fer contre le pot de terre, dans un pays qui professe l’égalité des chances. La Guinéenne ne sera donc pas la plaignante vite déboutée des procès tropicaux où le faible a tort par avance ». Le quotidien souligne toutefois la vulnérabilité financière de Nafissatou Diallo face à l’ex-dirigeant du Fonds monétaire international (FMI). « Mais l’argent va parler. Son adversaire en a, et seule la redoutable combativité du lobby féministe dont l’Amérique est la patrie servira de contrepoids à Nafissatou Diallo, dont la vie a été fouillée de fond en comble par les avocats de l’ex-patron du FMI », écrit le journal. « Comme chez l’Oncle Sam, rien n’est tabou, gare à elle si elle a des choses à cacher », ajoute Le Republican qui compare cette affaire à celle de « O.J Simpson. Avec cette fois-ci, un accusé blanc et une victime noire. Qui n’est pas morte et qui doit s’apprêter à tout entendre ».

La belle et la bête

« La belle et la bête », c’est à ce conte de fée que fait référence, pour sa part, le quotidien Burkinabè Le Pays pour évoquer le fait divers. « Lors de l’audience d’hier, les caméras du monde entier ont montré deux attitudes différentes des avocats. Ceux de Nafissatou Diallo ont fait encore une fois dans le sensationnel, accusant DSK de tous les maux, tandis que la défense s’est montrée plus réservée. Cette dernière attitude inspire plus la sérénité, voire le sens de la responsabilité », écrit le quotidien. Le Pays met en avant l’« innocence » présumée de l’ex-directeur du FMI. Selon le quotidien, « ils n’ont pas tort, les avocats de DSK, d’en appeler ainsi implicitement à un recadrage des choses. Leur client a déjà été jugé et condamné par la rue. Il a beaucoup souffert dans sa chair de tous ses articles de presse insultants, de ces manifestations partisanes et de cette théâtralisation de la justice, qui ont mis à mal la présomption d’innocence ».

« Pendant ce temps », relève le journal, « aucune trace de la présumée victime, cette belle et vertueuse femme, telle que décrite par ses thuriféraires. Bien sûr, personne ne peut faire l’apologie du viol, un acte abominable qui mérite la plus sévère sanction. Mais dans l’affaire DSK, l’emballement des faits était tel que le sacro-saint principe de la présomption d’innocence en fut violé ». Et Le pays de conclure : « Espérons seulement que désormais, et après le « non coupable » franc et massif de DSK, la justice reprendra ses droits. Laissons le droit parler. Après, on pourra alors porter nos jugements de valeur sur l’un ou l’autre des protagonistes de l’affaire ».

Stéphane Keita, le neveu franco-guinéen de Dsk

Le site d’information Guinée Conakry fait preuve de prudence en indiquant que « la Guinée observe la situation avec sérénité, les traditions de pudeur et de prudence invitant chacun à se consacrer sur l’essentiel : le triomphe de la vérité, loin de la justice-spectacle ». Son concurrent Aminata évoque les « attaches guinéennes de DSK », soulignant que l’ancien patron du FMI s’est « souvent montré sensible à la cause de la Guinée ». Avec notamment des programmes d’aides à Conakry accordés par le biais du FMI. Plus surprenant, Aminata nous apprend que DSK aurait un neveu franco-guinéen du nom de Stéphane Keita. « En effet, le défunt Kéita Kara Desoufiane (l’un des quatre pendus du pont du 08 novembre en 1971) a eu pour première épouse la sœur de Dominique Strauss-Kahn. Et l’enfant issu de cette union, Stéphane Kéita, est un énarque franco-guinéen, haut fonctionnaire à Bercy, (ministère des finances), ancien directeur de cabinet de DSK ». « Comme on le voit, écrit Aminata cette regrettable affaire peut aussi se résumer comme une confrontation entre deux personnes liées à la Guinée par le sang ou par l’alliance ». Qu’ils soient liés ou non à la Guinée, Dominique Strauss-Kahn et Nafissatou Diallo ont engagé, par le biais de leurs avocats respectifs, une féroce bataille judiciaire.

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