Adja Diallo, « victime collatérale» de l’affaire DSK

« L’affaire DSK » fait des vagues au Sénégal. Présentée comme Nafissatou Diallo, la femme de chambre d’origine guinéenne qui accuse Dominique Strauss-Kahn d’avoir essayé de la violer dans un hôtel de New York, Adja Diallo a vu sa photo faire le tour du monde et menace de porter plainte.

Les effets du tsunami déclenché par l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn le 14 mai à New York, se sont fait sentir jusque sur les côtes sénégalaises. Depuis l’arrestation du directeur du Fonds monétaire international (FMI), inculpé pour « agression sexuelle, séquestration de personne et tentative de viol », les médias se régalent. Loin d’être en reste, les réseaux sociaux et le site de microblogging Twitter sont devenus des sources importantes d’informations. Mais, à l’heure d’Internet et de l’information en continue, cette course effrénée au scoop n’est pas sans risque. L’emballement médiatique suscité autour de « l’affaire DSK » aurait d’ailleurs fait une première victime à Dakar.

En effet, depuis le 18 mai, une photo présentée comme celle de la plaignante, la femme de chambre guinéenne Nafissatou Diallo, circule sur Internet. On y voit une ravissante jeune femme au sourire enjôleur, coiffée d’une raie sur le côté et vêtue d’une chemise à carreaux. Reprise par de nombreux médias, la photo fait rapidement le tour du monde. Le problème, c’est qu’il s’avère aujourd’hui que cette jeune femme sur la photo n’est pas la plaignante mais une étudiante dakaroise de 23 ans. « Traumatisée » par la tournure prise par les évènements, suivie par un psychologue depuis quelques jours, Adja Diallo, s’estimant être une «victime collatérale» de l’affaire DSK, a décidé de porter plainte contre plusieurs médias, a affirmé Me Samba Ametti, l’un de ses avocats, jeudi lors d’une conférence de presse. « Rien n’est encore arrêté, explique l’avocat, mais nous envisageons une procédure pour atteinte à la vie privée, non-respect du droit à l’image, diffamation ou faux intellectuel. »

D’après les avocats, la photo du profil facebook de l’étudiante aurait été piratée puis détournée. Relayée par de nombreux médias français et internationaux, l’image a finalement atterri à la télévision sénégalaise, amplifiant le cauchemar vécu par la jeune femme. « Il est grand temps qu’on arrête le massacre, l’agression dont elle est victime, estime un autre de ses avocats, Me El Hadj Diouf. Et, Adja Diénaba Diallo dite Adja est victime. On l’a présenté même comme étant une femme atteinte de VIH/sida dans les commentaires qui suivent l’image Internet. C’est un préjudice incommensurable. » Les avocats de la Sénégalaise réclament « l’arrêt immédiat de toute diffusion de cette image ». « Nous allons poursuivre tous les médias qui ont recueilli et publié cette image et intenté des actions judiciaires, autant au Sénégal qu’en France, aux Etats-Unis ou partout ailleurs », prévient l’avocat.

De nombreux DSK en Afrique ?

Mercredi, une dizaine d’organisations de défense des droits de l’homme avaient tenu à apporter leur soutien à la plaignante, Nafissatou Diallo, une émigrée originaire de Guinée. D’après elles, beaucoup reste encore à faire sur le continent dans la prise en charge des victimes de viols et d’agressions sexuelles. « Il y a beaucoup de Dominique Strauss-Kahn chez les hommes politiques et autres hommes riches au Sénégal », juge Alioune Tine, président de la Raddho. « On enregistre fréquemment de gros scandales sexuels dont sont souvent objet des femmes, poursuit-il. D’après les confidences d’avocats, ces derniers et les bourreaux des victimes finissent la plupart du temps par négocier ces viols et autres actes inhumains. »

Pour Fatou Kiné Camara, membre de l’association des juristes sénégalaises (AJS), les femmes africaines victimes d’agressions sexuelles « vivent ce drame au plus profond de leur chair dans le silence et la défiance de communautés qui les victimisent et les stigmatisent. » Ces associations dénoncent la façon dont sont traitées les victimes d’agressions sexuelles par la police et la justice. « Les femmes africaines sont mieux protégées par la justice américaine que par la justice de nos propres pays, note Rabi Ndiaye de la Raddho. Souvent on te dit pourquoi as-tu été violée ? Comment étais-tu habillée ? Pourquoi as-tu été chez lui ? On ne prend pas en charge la victime, on la culpabilise. » Les associations de défense des droits de l’homme lancent donc un « appel aux Etats africains pour que les innombrables Nafissatou Diallo qui se trouvent dans nos maisons ne soufrent plus de ce silence et de cette complice passivité. »