Affaire DSK : Nafissatou Diallo, un mystère à percer

Accusé de tentative de viol, le Français Dominique Strauss-Kahn, ancien patron du Fonds monétaire international a comparu ce lundi au tribunal de New-york aux Etats-Unis. Il a plaidé non coupable. Peu d’informations ont filtré sur la vie de la victime présumée d’origine guinéenne, Nafissatou Diallo, qui ne s’est pas présentée à l’audience. Elle reste un mystère, même pour la communauté guinéenne new-yorkaise.

La bataille judiciaire est engagée. Dominique Strauss-Kahn a plaidé non coupable après avoir été accusé d’agression sexuelle le 14 mai dernier, lors de sa première comparution au tribunal de New-York, à Mahnattan, ce lundi. Cette décision ouvre la voie à un procès devant un jury, où il devra affronter la victime présumée, Nafissatou Diallo, femme de chambre d’origine guinéenne travaillant à l’hôtel Sofitel. Seuls les avocats de cette dernière étaient présents à l’audience. L’un d’entre eux, Kenneth Thompson, a expliqué lors d’une conférence de presse que sa cliente « traumatisée, va dire au monde entier au cours du procès quel traitement Dominique Strauss-Kahn lui a infligé. C’était une agression sexuelle terrible». Benjamin Brafman, l’un des avocats de l’ancien dirigeant du Fonds monétaire international, a rétorqué aux journalistes qu’il n’y a pas d’élément qui indique qu’il y a eu «contrainte». La prochaine audience a été fixée au 18 juillet, ce qui laisse un délai supplémentaire aux défenseurs de l’accusé pour enquêter sur la vie de Nafissatou Diallo.

Retour aux sources

Jusqu’à présent, la Guinéenne est restée très réservée. En réalité l’on sait peu de choses à son propos. D’ethnie peule, elle aurait quitté la Guinée en 2008 après la mort de son mari, pour rejoindre sa sœur ainée dans le Bronx, aux Etats-Unis. Agée de 32 ans, elle est mère d’une adolescente de 16 ans. Elle aurait déménagé quelques temps après avoir été embauchée au Sofitel. Ses proches en Guinée ont multiplié dernièrement les témoignages. Journalistes et détectives privés rodent autour de son village natal, Tchiaculle, pour tenter d’obtenir plus d’informations. « Il y a beaucoup de gens qui viennent ici pour tenter de trouver des informations qui vont déstabiliser notre sœur. Mais ils n’y arriveront pas car c’est une femme digne », a affirmé un de ses cousins, interrogé par Afrik.tv sur place. Et sa tante Hadja a indiqué que la jeune femme « vivait heureuse avec son mari jusqu’à ce que la mort les séparent ».

Pour le moment, aucune photo d’elle n’a été publiée. Hormis une image où elle apparaît sortant du commissariat de Harlem, cachée sous un drap blanc. Des internautes ont tenté de lui donner un visage en faisant circuler pas moins de quatre photos différentes sur le web, qui se sont toutes révélées fausses.

Les Guinéens de New-York mal à l’aise

Nafissatou Diallo reste un mystère même au sein de la communauté guinéenne à New-York, plongée dans un grand désarroi depuis l’éclatement du fait divers.
Blake Diallo, un ami de Nafissatou – il s’était présenté en premier lieu comme son frère – et manager du café 2115 à Harlem, ainsi qu’Ibrahim Fofana, le propriétaire de l’établissement, s’étaient confié à Afrik.com le mois dernier. « Elle est très gentille, très gaie, elle ne peut pas avoir inventé tout ça ! », avait martelé Ibrahim Fofana.

Cependant, cet emploi qu’elle a réussi a décroché dans un hôtel de luxe intrigue. « Jamais nous n’aurions pu imaginer qu’une Guinéenne, de surcroît illettrée, puisse travailler dans un hôtel international », a confié au Nouvel Observateur Souleymane Diallo, président de l’Union pour le Développement du Fouta Djallon, l’une des quatre associations représentant les 5 000 Guinéens de New-York. Pourtant, ce quadragénaire qui n’a pas ménagé son soutien à la jeune femme, a de son côté mené sa propre enquête sur le parcours et la personnalité de cette dernière. Selon lui, même ses proches ignoraient qu’elle avait été embauchée dans cet établissement. « Si nous avions trouvé le moindre élément défavorable à son sujet, notre association ne se serait jamais engagée auprès d’elle. Nous ne pouvons pas prendre le risque d’être salis par un mensonge aussi grave » a-t-il affirmé.

Cet emploi « exceptionnel » révélé par l’affaire DSK vaut à Nafissatou les reproches d’une partie de sa communauté, qui estime qu’elle a dérogé aux traditions et échappé au destin réservé généralement aux femmes. « Je n’en connais aucune autre qui occupe ce genre d’emploi. Ici, les femmes peules travaillent avec leurs maris dans leurs propres petits commerces ou restaurants. Ou alors elles sont employées par des associations d’aide ménagère auprès de personnes âgées. Dans la culture peule, cela ne se fait pas de travailler dans un grand hôtel », explique Souleymane Diallo. Le viol qu’elle dit avoir subi la condamne au déshonneur. « Elle ne trouvera plus jamais de mari. Dans notre communauté c’est comme si elle est souillée. Les gens savent déjà qu’elle ne l’a pas cherché, mais les hommes ne veulent pas d’une femme montrée du doigt », déplore le président de l’Union pour le Développement du Fouta Djallon . « Dans notre culture, les hommes travaillent avec les hommes, les femmes avec les femmes. Si nous devons nous adresser à quelqu’un, nous nous adressons directement aux hommes », a-t-il expliqué. Pis, selon lui, l’enjeu de ce fait divers aux dimensions planétaires va bien au delà du « drame vécu par Nafissatou ». « Si Dominique Strauss- Kahn a été accusé à tort, notre communauté en paiera le prix, en Amérique mais aussi en Guinée », s’est-il inquiété.

Aucune des deux parties ne dort sur ses deux oreilles. Ni Dominique Strauss-Kahn qui va tout faire, aidé de sa puissante armada d’avocats, pour prouver son innocence; ni Nafissatou Diallo qui doit, de son côté, prouver qu’elle a dit la vérité.