Kora Awards 2010 : où sont passés les artistes ?

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Après cinq années d’absence, les Kora Awards étaient très attendus. Une quinzaine d’artistes et de groupes africains ont été récompensés dimanche soir, au Palais des sports de Ouagadougou, au Burkina Faso. La cérémonie, techniquement réussie, a pêché par les absences trop nombreuses des artistes distingués. Au premier rang desquels, le duo nigérian P.Square, sacré meilleur groupe de l’année.

Le Palais des sports de Ouagadougou était archicomble, dimanche soir, pour la cérémonie des Kora Awards 2010. Plus de 3000 personnes se pressaient sous le dôme de l’imposante cathédrale de béton et d’acier. Dans la fosse, vers 20 heures, assis à de larges tables soigneusement parées, des convives triés sur le volet achevaient leur dîner – escalopes de volaille aux petits légumes, tartes et vins fins…. – tandis que journalistes et spectateurs les observaient, installés, plus loin, dans les gradins.

Une demi-heure plus tard, le show débutait. Sous un torrent de lumière et de décibels, la scène ornée aux couleurs des Koras était investie par un trio de présentateurs – Anita Eskrine du Ghana, Alpha Ouédraogo du Burkina Faso, et Steve Facia du Bénin. Sur les complexes harmonies du pianiste malien Cheikh Tidiane Seck et de son orchestre, une troupe de danseurs sud-africains et burkinabè envahissaient le plateau et exécutaient une chorégraphie pleine d’énergie. Puis un hommage était rendu à Michael Jackson, qui avait assisté aux Kora Awards en 1999.

Tout commençait donc sous les meilleurs auspices. Les images du spectacle, filmées par une équipe technique afrikaner, s’enchaînaient, impeccables, sur deux écrans géants et étaient diffusées en direct dans plusieurs pays du continent. Installés dans leurs fauteuils, spectateurs et téléspectateurs attendaient les prestations et discours de nombreuses vedettes du showbiz annoncées par les organisateurs au cours des semaines précédentes. La grand-messe pouvait commencer.

Des récompenses orphelines

Le Palmarès :

 Premier prix : (1 M de dollars US) : P.Square, Nigeria

 Deuxième prix (100 000 $) : Black Diamond, Sénégal

 Troisième prix (50 000 $) : Paul G, Angola

 Quatrième prix (25 000$) : Améty Meria, Burkina Faso

Les autres prix sont assortis d’une récompense de 20 000 $ (US) :

 Meilleur clip video : P.Square

 Meilleur espoir : Becca, Ghana

 Meilleur artiste ou groupe religieux : Noelie, Togo

 Meilleur artiste ou groupe hip-hop : Smockey, Burkina Faso

 Meilleur artiste ou groupe traditionnel : Bassekou Kouyate & Ngoni Ba, Mali

 Meilleur artiste ou groupe reggae : Sasha Marley (Ghana), et King Wadada (Nigeria)

 Meilleur artiste ou groupe ragga : Chronik 2H, Sénégal

 Meilleur artiste ou groupe de la diaspora Caraïbe ou Europe : LA MC Malcriado

 Meilleur artiste ou groupe de la diaspora Afrique ou Amérique : Alicia Keys

 Kora Awards d’honneur : Cesaria Evora et Pierre Akendengué

Meilleur vidéo clip ? Le prix est décerné au duo nigérian P.Square ! Meilleure espoir ? La Ghanéenne Becca… Les récompenses pleuvent mais, sur scène, point d’artistes. Ambassadeur, ministre, membre du jury se succèdent pour recevoir les prix à la place des lauréats. Un pasteur aussi, le mari de la Togolaise Noelie, vainqueur du trophée du Meilleur artiste ou groupe religieux. Le public s’impatiente. Et les présentateurs, sans ciller, rappellent aux téléspectateurs qu’ils doivent voter par SMS pour décerner un prix d’1 million de dollars à leur groupe ou artiste préféré.

Une récompense est accordée à la chanteuse capverdienne Cesaria Evora pour l’ensemble de son œuvre. Guillaume Soro, le Premier ministre ivoirien dont le pays, avec le Burkina Faso, a soutenu financièrement l’événement, se lève pour aller le remettre à… Zyad Limam. Le directeur général d’Afrique Magazine essaie tant bien que mal de justifier sa présence sur le plateau. « Je ne suis pas Cesaria Evora, mais j’aurais beaucoup aimé l’être », lâche-t-il, avant d’expliquer, sous le regard du président burkinabè Blaise Compaoré et de son épouse, que ces Kora Awards symbolisent, après plusieurs années de tension, l’amitié ivoiro-burkinabè.

Sur la quinzaine de prix décernés, à peine le quart a-t-il été remis en mains propres aux artistes nominés. Une présence qui aurait illuminé la cérémonie, comme l’ont fait le musicien gabonais Pierre Akendengué, récipiendaire d’un Kora Awards d’honneur, le fantasque nigérian King Wadada, sacré meilleur chanteur de reggae, et l’impertinent rappeur burkinabè Smockey, pour son prix du meilleur artiste hip-hop. Ovationné par la foule, Smockey, devant Blaise Compaoré dont il n’a jamais manqué de critiquer la politique, a dédié son trophée à Thomas Sankara.

Akon en prend pour son grade

Les artistes qu’ont récompensés les Koras Award étaient les grands absents de la cérémonie. Une défaillance à laquelle les organisateurs n’ont pas donné d’explication globale, concentrant leurs critiques sur Akon, le rappeur américain d’origine sénégalaise nominé pour le prix du meilleur artiste hip-hop et censé être la tête d’affiche de la soirée. « Je tiens à présenter mes excuses aux 15 millions de Burkinabè et à tous les Africains qui attendaient Akon », a déclaré Ernest Coovi Adjovi, le promoteur de l’événement, sur scène, en direct devant les caméras de télévision. Puis, pointant du doigt le contrat signé avec la star projeté sur les écrans géants, il a dénoncé le comportement de l’artiste à qui il aurait loué un jet privé et promis 150 000 $ (US) de cachet.

Reste que ces explications n’aident pas à comprendre pourquoi tant d’autres artistes annoncés n’ont pas fait le déplacement jusqu’à Ouagadougou. Ni pourquoi certains, présents dans la salle, tels que DJ Arafat et Fally Ipupa accompagné de son producteur David Monsoh, n’ont pas été invités à monter sur scène ni même cités. Ni pourquoi, encore, ce ne sont que des seconds couteaux du groupe congolais Extra Musica, annoncé en grande pompe, qui se sont produits sur scène.

Les Kora Awards 2010 étaient dotés d’un très bel emballage : un décor et une logistique d’excellentes factures. Mais leur contenu laissait à désirer : un plateau d’artiste clairsemé, très loin de celui que spectateurs et téléspectateurs auraient aimé applaudir dimanche.

Lire aussi :

 L’interview de l’organisateur des Kora Awards, Ernest Coovi Adjovi