
Plus de 600 Kenyans se retrouvent bloqués au Cambodge après avoir été victimes d’un vaste réseau de traite d’êtres humains. Attirés par de fausses promesses d’emploi, ils ont été contraints de participer à des cyber-escroqueries dans des « usines à arnaques ». Libérés lors d’une opération des autorités cambodgiennes, ils se retrouvent aujourd’hui sans ressources et menacés d’expulsion ou de poursuites. Face à l’urgence, ils appellent Nairobi à organiser leur rapatriement avant la fin février.
Ce qui devait être l’opportunité d’une vie s’est transformé en un véritable film d’horreur pour plus de 600 ressortissants kenyans. Attirés par des promesses d’emplois lucratifs en Asie du Sud-Est, ces hommes et ces femmes se sont retrouvés séquestrés au cœur d’un vaste réseau de traite d’êtres humains au Cambodge. Aujourd’hui libérés de leurs chaînes mais abandonnés à leur sort, ils lancent un cri de détresse vers Nairobi pour obtenir un rapatriement d’urgence avant que le couperet de la justice cambodgienne ne tombe.
La mécanique implacable des « usines à arnaques »
Le mode opératoire est tristement classique : une offre d’emploi par courriel, un salaire mirobolant, atteignant parfois 2 000 dollars par mois, et la promesse d’un avenir radieux loin de la précarité. Une fois sur place, la réalité est tout autre. Les victimes sont conduites dans des complexes ultra-sécurisés, entourés de hauts murs et de barbelés.
À l’intérieur de ces « scam factories », les passeports sont confisqués et les travailleurs sont contraints, sous la menace, de mener des cyber-arnaques à grande échelle. Ceux qui tentent de résister ou de prévenir leurs cibles subissent des châtiments corporels d’une violence inouïe, certains préférant parfois le suicide à la captivité.
Une libération synonyme de crise humanitaire
L’offensive sans précédent lancée par les autorités cambodgiennes contre ces réseaux, marquée notamment par l’arrestation du magnat chinois Chen Zhi, a permis de démanteler de nombreux centres de fraude. Cependant, cette victoire sécuritaire a engendré une crise humanitaire silencieuse.
Les ravisseurs ayant pris la fuite lors des raids, des milliers d’étrangers, dont le groupe de 600 Kenyans, se retrouvent désormais à la rue ou dans des refuges de fortune. Sans ressources, manquant de nourriture et de soins médicaux urgents, ils sont désormais traqués par l’incertitude dans un pays dont ils ne maîtrisent ni les codes ni la langue.
La course contre la montre judiciaire à Nairobi
Face à l’inertie apparente de leur diplomatie, les victimes ont porté l’affaire devant la Haute Cour du Kenya. Les documents déposés invoquent les protections constitutionnelles contre l’esclavage et la torture, rappelant à l’État son devoir de protection envers ses citoyens à l’étranger.
L’urgence est absolue : les autorités cambodgiennes ont fixé un ultimatum au 28 février 2026. Passé cette date, tout Kenyan encore présent sur le territoire sans titre de séjour valide s’expose à des poursuites judiciaires et à l’emprisonnement. Sans argent pour payer leur billet de retour, ils implorent le gouvernement de leur délivrer des documents de voyage et d’organiser leur vol.
Un test pour la diplomatie kenyane et cambodgienne
Alors que le ministère des Affaires étrangères kenyan affirmait récemment ne pas être au courant de l’ampleur de la situation, la pression monte. Le dénouement de cette affaire dépendra de la capacité de Nairobi à réagir promptement pour éviter que ses ressortissants ne passent de l’esclavage moderne aux geôles cambodgiennes.
Au Cambodge, si le gouvernement se félicite de cette opération coup de poing, la question reste de savoir si cette répression marquera la fin réelle de l’industrie de la cyber-arnaque ou s’il s’agit d’un simple coup d’éclat temporaire face aux pressions internationales.





