Kazem al Saher, le rossignol irakien

En l’absence de Khaled, déprogrammé au dernier moment, le chanteur irakien Kazem al Saher a cassé la baraque le week-end dernier lors du Festival mer et désert de Dakhla, au Sahara occidental. Quitte à empiéter sur les passages de ses confrères, obligés de déplacer leurs tours de chant.

Kazem al Saher, vous connaissez ? Les habitants de Dakhla, où se déroulait du 28 février au 3 mars le Festival mer et désert, connaissent et apprécient. Ils sont venus plus nombreux que jamais, samedi dernier, sur la place Hassan II, assister au concert de ce crooner irakien adoré dans le monde arabe. Chanteur, auteur et compositeur de titres parfois engagés, mais le plus souvent romantiques – lui explique qu’il fait les deux en même temps, « à la manière du Roméo et Juliette de Shakespeare » – il aurait déjà vendu plus de 30 millions d’albums dans le monde. Ce qui en fait pour beaucoup le plus grand chanteur arabe contemporain.

Cheveux coupés courts, bronzage parfait, dentition irréprochable, pommettes rebondies, seul l’état de son costume, un peu froissé, laissait penser qu’il n’avait pas bénéficié de beaucoup de temps entre son arrivée dans la ville du Sahara occidental, le jour même, et son entrée en scène. Mais la voix de velours, elle, est toujours là.

Musicien voyageur

Kazem al Saher est né en 1961 dans un petit village du nord de l’Irak, où il a grandi et a appris à jouer de la guitare dès l’âge de onze ans, avant de rapidement s’attaquer à la pratique du oud. Reçu à l’Institut de musique de Bagdad à 21 ans, il a continué à écrire ses textes et musiques et connu son premier succès en 1987 avec le titre Ladghat el-Hayya (la morsure du serpent). Un titre engagé censuré par la radio et la télé car Kazem, qui savait pourtant l’espace musical irakien fermé aux créations des jeunes compositeurs, refusait d’en modifier les paroles.

Son ego et sa certitude de pouvoir faire aussi bien que les maîtres de la musique classique et de la pop arabe lui permettront par la suite de faire son trou et de travailler avec les plus grands, comme le poète syrien Nizar Qabbani. La première guerre du Golfe l’a poussé à s’installer au Liban, avant de prendre définitivement ses bases dans la ville du Caire, qui a donné ses plus grands musiciens et chanteurs au monde arabe. Aux dernières nouvelles, il vivrait aujourd’hui entre la capitale égyptienne et Paris, où il a atterri ce lundi.

Star system

Avec ses treize musiciens, tous des hommes et tous plus mâles les uns que les autres, quarantenaires à quinquagénaires, il a offert plus de deux heures de chant à ses fans, notamment les femmes, en pâmoison. Dans les backstage, les privilégiés qui accompagnaient leurs compagnes n’en menaient pas large devant le chanteur de charme, qu’ils apprécient d’ailleurs souvent eux-mêmes.

Seul problème, Kazem a chanté sans compter. Après deux heures et demi de spectacle, la présentatrice est intervenue pour offrir un vêtement traditionnel de la région à l’artiste, signe évident qu’il fallait maintenant y aller… Ce qui n’a pas empêché le collectif Desert rebel, dont le chanteur du groupe Takrist Nakal, Abdallah Oumbadougou, avait fait le voyage depuis Agadez, au Niger, de devoir repousser au lendemain son tour de chant. Interrogé à ce sujet, Kazem a assuré qu’il n’était pas au courant du passage d’autres artistes, ajoutant même que ses concerts duraient au minimum trois heures, en général, et qu’il avait donc exceptionnellement accepté d’en réduire la durée… Ah, l’ego !

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