Dakhla célèbre la mer et le désert en musique

Le deuxième festival de musique de Dakhla s’est ouvert, ce mercredi, au Sahara Occidental. Un événement inespéré pour la cinquantaine de milliers d’habitants de la ville, séparés par 1700 Km de Casablanca. Une façon aussi pour Rabat d’affirmer davantage sa présence dans ce territoire dont le statut est toujours disputé.

La ville de Dakhla, dans le Sahara occidental, s’est faite belle pour accueillir la deuxième édition du festival Mer et Désert, du 28 février au 3 mars prochain. Ce mercredi, les employés de la ville donnaient encore quelques coups de pinceaux sur les lampadaires et plantaient les derniers drapeaux multicolores le long des rues. Rose, blanc, noir, jaune, orange, vert… les mêmes couleurs que les femmes sahraouies arborent avec une infinie coquetterie sur les vêtements de tissus légers qui les recouvrent de la tête aux pieds.

Cette année, avec Khaled, Tiken Jah Fakoly, Desert Rebel, Daby Touré, Amazigh Kateb et Abdennour Mohamed, de Gnawa Diffusion, l’Irakien Saher Kazem ou encore les stars marocaines du rap, H-Kayne, les organisateurs ont concocté un programme éclectique qui met l’accent sur l’« échange ». Egalement prévue, une compétition de sports de glisse (surf, wind-surf et kitesurf) où se rencontreront les jeunes champions marocains et internationaux. Même les centaines de touristes européens amateurs de pêche qui font le long voyage jusqu’à cette région, connue pour ses richesses halieutiques, auront l’occasion d’en découdre à travers un concours.

Développer la région

Comme l’explique à Afrik le président de région et de l’association qui organise le festival, El Mami Boussif, « le festival sert aussi à présenter la ville de Dakhla, à promouvoir la région et ses nombreuses potentialités d’investissements ». Sa première édition, l’année dernière, avait ainsi eu pour thème « région Oued Eddahab – Lagouira, opportunités d’investissement et de développement socio-économique ». Cette année encore, un salon artisanal et un autre, économique et commercial, présentant les atouts économiques de la région, a été mis sur pied.

Rabat n’a en effet pas attendu l’issue des négociations interminables avec le Front polisario, sur le sort de ce territoire décrété « non autonome » par l’ONU, pour le développer et y affirmer ainsi sa souveraineté. Une souveraineté qu’affirment les portraits du roi Mohamed VI et les centaines de drapeaux rouges frappés d’une étoile verte qui accueillent depuis le début de la semaine les visiteurs marocains et les étrangers dans la ville. Dans les rues, rien ne différencie Dakhla d’une ville du sud marocain : banques nationales et étrangères, institutions administratives, policières, fiscales, scolaires, mairie et même élections locales en juillet dernier… tous les attributs de la puissance étatique marocaine sont visibles.

Une forte envie de faire la fête

Seule l’extrême importance des forces militaires trahit l’état de conflit tiède, voire froid, de la région. Dakhla est une ville garnison et sur l’immense avenue El Walae, qui conduit au centre, c’est un défilé d’imposants bâtiments de l’armée de terre, de la Marine, de la gendarmerie ou de la police nationale. Ce qui n’empêche pas ce vieux commerçant d’affirmer qu’ici, « on n’a pas grand chose, mais au moins on a la paix ». Quant à El Mami Boussif, il affirme représenter tous les habitants de la région qu’il administre. Le conflit du Sahara, lui, « concerne le Maroc et l’Algérie… Surtout l’Algérie, qui veut s’assurer un accès à l’Océan Atlantique ».

A les voir depuis le début de la semaine sur la place Hassan II (prononcer Hassan thani), les jeunes Dakhlaoui, peu habitués à recevoir de la visite, eux qui sont plus proches de la capitale économique mauritanienne, Nouadhibou, que de celle du Sahara Occidental, Laâyoune, ou encore de Casablanca (1700 Km au nord), n’attendaient que le début des concerts pour faire la fête. Elle a commencé ce mercredi soir et ne s’arrêtera que lundi prochain !

 Consulter le site du festival de Dakhla

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